Propreté du littoral : la Bouée couronne tient la barre

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Depuis quatre ans, l’association La Bouée couronne mène des actions de sensibilisation auprès des pêcheurs et des opérations de nettoyage du littoral congolais. En quête de reconnaissance et de moyens, elle a reçu Brazzamag à sa base de Songolo, à Pointe-Noire. 

La plage de Songolo est noire de monde ce lundi matin. Des dizaines de pirogues surchargées débarquent leur marchandise, des manœuvres extirpent les caisses remplies de poissons et les mamans installent d’autorité leurs stands de vente à même le sable. Tandis qu’on ouvre et vide les poissons, les hérons tentent de chaparder ce qu’ils peuvent et les pousseurs circulent au milieu des cris. Ici on se bouscule, là-bas on négocie, dans un brouhaha digne des plus grandes criées.

Attablés au bistrot chez Ghyslain, directement sur la plage, les membres de l’association La Bouée couronne se réunissent. « Nous sommes dix-sept au total pour le bureau de Pointe-Noire, mais nous avons treize bureaux sur tout le littoral », explique Gasmine Taty, président de l’association. « Chaque village de pêcheurs de la côte est associé et nous avons plus de 900 membres », ajoute-t-il fièrement. Car la structure, née en 2013, travaille auprès des pêcheurs sur des questions de sécurité, de sensibilisation à l’environnement, tout en organisant des opérations de nettoyage des plages. « La Bouée couronne, c’est une bouée de sauvetage car nous, pêcheurs, devons nous sauver nous-même », explique Gasmine Taty.

Objectif plages propres

Des poubelles bleues siglées du nom de l’association trônent en effet sur la plage de Songolo et une petite équipe ramasse les détritus, surtout les restes des poissons, chaque matin. Ce qui n’empêche pas le quartier d’avoir des montagnes de déchets en bordure de la plage. « Cela fait trop longtemps que les déchets ne sont pas évacués ici ! Il y a un problème au niveau du ramassage, la voirie ne vient pas », se plaint Gasmine Taty, approuvé par ses collègues, arguant que ces quelques poubelles (gracieusement fournies par la compagnie Eni) ne représentent qu’une goutte d’eau par rapport aux déchets charriés par la mer et ceux jetés par les habitants.

« Tous les deux mois au moins nous réalisons une opération plage propre à la côte sauvage et une à deux fois par mois, ici à Songolo, le dimanche lorsque les pêcheurs ne travaillent pas », ajoute Gasmine, fier d’annoncer que ces déchets sont triés et le plastique mis de côté. Sauf que l’association n’a pas de débouché à ces déchets plastiques, puisqu’il est difficile de trouver une filière de récupération et de recyclage à Pointe-Noire. Les participants à ces opérations de nettoyage sont bénévoles et Eni fourni des râteaux, gants tandis que le restaurant Le Derrick offre les sacs poubelles.

L’importance des outils de sécurité

Outre le nettoyage des plages et la question des déchets, l’association a vocation à sensibiliser les pêcheurs sur de nombreuses problématiques. « Nous leur parlons d’environnement mais aussi de sécurité », explique Gasmine. Pourquoi faut-il porter un gilet, avoir un extincteur, une trousse de premier secours ou un GPS sont autant de sujets abordés. « Le GPS leur permet aussi bien de retrouver leur chemin en cas de brouillard que d’identifier les emplacements où se trouvent les poissons », ajoute Eric, membre du bureau. Faute de moyens, La Bouée couronne ne peut pas fournir directement ces outils aux pêcheurs. L’entreprise Total a fait don de gilets, une autre de torches marines… « Au moins, s’ils savent que ça existe, s’ils entendent parler de ces outils, ça peut leur donner la motivation d’économiser et de se l’acheter », argumente Gasmine. Autour de la table, chacun y va de son histoire : Gyslain aurait eu besoin d’un extincteur lorsque son moteur a pris feu, Eric aurait aimé avoir une trousse de premiers soins lorsqu’il s’est blessé la main dans un filet… Les membres de La Bouée couronne connaissent leur domaine et regrettent un certain manque de reconnaissance, notamment financière. « On veut travailler, on est prêt et surtout, on connaît tous les pêcheurs puisque nous sommes pêcheurs nous-même, mais on manque de moyens », insistent-ils chacun leur tour ou presque. « Nous n’avons même pas de site web pour présenter les photos de nos actions », ajoute Gasmine en espérant qu’un lecteur de Brazzamag se porte volontaire et fournisse un coup de pouce. A bon entendeur…

Contact : 06 905 58 29 / 05 609 93 49 et [email protected]

Par Julie Crenn

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