Les mèches synthétiques détrônent les tresses naturelles

0

En Afrique subsaharienne, 8 femmes sur 10 ont recours aux cheveux synthétiques pour se coiffer. Le Congo n’est pas exempté de ce constat. Pour ces femmes, le manque  de temps serait à l’origine de cet engouement pour ces accessoires de beauté. Lorsqu’une femme travaille toute la semaine, elle n’a plus que le dimanche pour voguer à ses occupations domestiques ou personnelles. Une gestion du temps s’impose.

Faire des tresses naturelles prend environ 5 heures de temps. Alors  que pour le tissage, deux heures suffisent. En plus, le tissage est plus joli que les tresses naturelles», explique, Lucie Oko, caissière dans une entreprise.

©G.Boussouamina

Une cliente en plein tissage de tresses ©G.Boussouamina

Le temps n’est pas l’unique raison de ce choix. Il y a aussi le côté esthétique et la qualité. Une coiffure faite avec un tissage peut tenir deux semaines voire un mois, alors que les tresses naturelles, durent à peine une semaine. Mais il faut aussi savoir que les mèches synthétiques sont plutôt onéreuses, accélèrent la chute de cheveux, surtout lorsqu’ils sont mal entretenus.

Pour Princesse Kayemba, coiffeuse professionnelle au salon de coiffure «mèche à mèche», une femme est plus belle au naturel, pas besoin d’artifices. «Il faut juste savoir se mettre en valeur, choisir la bonne coupe de cheveux, qu’elle soit dégradée ou courte, faite avec ou sans tissage. Le tout est de choisir la coiffure qui nous va», explique-t-elle.

Il va sans dire que les enfants sont influencés par les choix de leurs mères. Les études ont d’ailleurs démontrés que c’est à partir de l’âge de 3 ans les enfants imitent leurs parents. Une  fillette donc tendance à préférer une coiffure faite avec des mèches qu’avec des tresses naturelles.

L’évolution incluant une ouverture sur le monde, les influences extérieures se font ressentir dans nos rues. Certaines nouvelles tendances de mode font que les Congolaises penchent plutôt vers un look et une apparence plus occidentales qu’africaines. La majorité des femmes veulent ressembler aux images véhiculées par la télé et les brochures des magazines… Ce changement n’a pas échappé au regard des hommes. Un regard qui n’est pas aussi enchanté que ça…

Pricesse Kay, une congolaise au naturel © G. Boussouamina

Pricesse Kay, une congolaise au naturel               © Ursula Goma

« Nous sommes en train de perdre toutes nos valeurs. Il est très rare de nos jours de croiser une femme avec des cheveux naturels. La majorité ont des tresses synthétiques et artificielles. Quand je pense à tout cet argent dilapidé chez les coiffeurs pour rien ! Personnellement, je trouve que ma femme est beaucoup plus belle avec ses tresses naturelles», explique Jean-Jacques Loemba.

Une affaire rentable

Cet engouement pour les mèches synthétiques représente une vraie manne pour les coiffeuses. Les congolaises se font coiffer en moyenne deux fois par mois. Certaines y dépensent jusqu’à 20.000Fcfa. Le coût d’un tissage synthétique est compris entre 3500Fcfa et 200.000Fcfa en fonction de la qualité de la mèche. La main d’œuvre, elle, varie en fonction du coût de la mèche ; plus elle coûte cher, plus la main d’œuvre est élevée.

Les mêches proviennent d'Inde et d'Asie ©G.Boussouamina

Les mêches proviennent d’Inde et d’Asie   ©Ursula Goma

On retrouve énormément de coiffeuses à proximité des boutiques, dans des lieux où il y a déjà un flux de clientèle important, zone stratégique pour les coiffeuses qui voient leurs chiffres d’affaires décupler. Se faire coiffer, oui, mais pas que. « Je préfère tisser que de faire les tresses. Je suis ici pour gagner de l’argent, donc je fais ce qui peut me rapporter le plus en moins de temps. Vu que je fais ce métier depuis des années, j’ai gagné en notoriété. Je reçois une vingtaine de clientes par jour, partage Honorine Bonazebi, 47 ans, coiffeuse au grand marché. Je touche 3000 Fcfa  par personne en une heure trente. Alors que si je faisais les tresses, je coifferais à peine trois clientes par jour. C’est du temps perdu», indique-t-elle.

Ces dernières espèrent pouvoir garder cette méthode de travail. Un salon de coiffure les obligerait à payer les taxes de la mairie en plus des autres charges, ce qui ne les arrange pas.

Une affaire rentable pour les vendeuses de mêche.© G.Boussouamina

Une affaire rentable pour les vendeuses de mêche.© Ursula Goma

Les vendeuses des mèches ont préféré rester discrètes quant aux bénéfices que génère cette activité. L’une des vendeuses nous a confié qu’elle importe un conteneur tous les trois mois : «Si  je vends encore des mèches, c’est que c’est rentable », affirme cette vendeuse. Les importations se font généralement d’Afrique et d’Asie.  

Néanmoins, il est aussi important de ne pas oublier de se montrer au naturel. “Une femme doit être belle dans toutes les circonstances, avec ou sans mèche”. Ceci dit, on l’aura tous compris : tant qu’il y aura de la coquetterie, les mèches seront au rendez-vous.

Share.

Comments are closed.