I Am Congo : raconter le pays autrement

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Entrevue avec les deux jeunes co-réalisateurs du film I Am Congo, diffusé sur le Web dès ce lundi. David Mboussou (Gabonais) et Juan Ignacio Davila (Equatorien) se livrent à Brazzamag dans un entretien croisé, sur leur aventure au Congo.

I'am Congo

BrazzaMag: Juan, David, Comment vous êtes-vous rencontrés?

Juan : On s’est rencontrés lors du tournage d’un court-métrage de David, la première fois. Le “feeling” a toute suite bien passé entre nous. David avait à réaliser le documentaire ”Gabon, promesse d’avenir”, sur la sécurité sociale au Gabon et m’a proposé de me joindre à lui. J’ai accepté. Quelques temps après, on embarquait dans le projet I Am Congo.

David, tu es originaire du Gabon et Juan, de l’Équateur, qu’est ce qui vous a amené au Congo?

David : C’était simple pour moi puisque c’était dans la continuité de ce que j’avais déjà fait au Gabon. Gabon et Congo, officiellement, se sont deux pays, mais les frontières qui les délimitent ont été tracées de manière purement arbitraire. Il a fallu qu’un homme décide d’un tracé au crayon que d’Est en l’Ouest se trouvait tel pays. Mais au fond, les problématiques culturelles et de fond restent les mêmes. Ce sont des pays en transition qui sont entre modernisme et traditions, proches de la nature.

Juan : David m’a emmené à m”intéresser davantage à l’Afrique. C’est un terrain très vaste l’on peut créer des esthétiques valorisantes afin de sortir du schéma répétitif de l’image misérabiliste qui reprend les problématiques africaines. Il y a une réalité similaire en Amérique latine et en Afrique. L’Afrique est un continent  plein de ressources et que l’on doit découvrir autrement. Je vois l’Afrique d’aujourd’hui comme la terre du possible. C’est ce qui m’a poussé à embarquer dans cette  aventure au Congo et à valoriser ce pays.

Comment est venu cette idée de I Am Congo ?

David : Lorsque la productrice du documentaire Gabon, promesse d’avenir a vu l’esthétisme du film, elle nous a proposé de poursuivre avec elle sur I Am Congo.

Juan Ignacio Davila, co-réalisateur I'm Congo à la caméra durant le tournage du film

Juan Ignacio Davila, co-réalisateur I’m Congo à la caméra durant le tournage du film

Qu’est-ce que vous retenez de vos tournages au Congo?

David : J’ai beaucoup apprécié l’équipe sur place qui nous a aidé à réaliser ce film. Les personnes de la sécurité, les assistants, les chauffeurs : ils se sont tous impliqués avec nous dans le tournage. Ça m’a beaucoup ému de voir qu’ils vivaient une expérience unique qui les changeait de leur quotidien. Ce qui m’a vraiment touché, c’est qu’ils nous ont dit que, sans se tournage, jamais ils ne se seraient rendus dans ces recoins du Congo. On a tous vécu ensemble des moments féeriques et donc…j’avoue que c’était un peu triste de les quitter.  

Juan : Je crois que m’a première surprise a été la nature, ce patrimoine énorme et extraordinaire du Congo, la végétation, les animaux. Voir comment l’homme cohabite avec cette nature, notamment les pygmées qui nous ont accompagnés. Dans un prisme un peu plus large, c’était la relation avec les hommes et les femmes qui nous accueillaient chaque fois. Il y avait toujours une petite frontière à casser, puis, ces gens nous recevaient d’une manière incroyable car ils avaient compris que nous allions leur apporter quelque chose d’important en racontant la richesse qu’ils ont.

Quels ont été les meilleurs moments pendant le tournage ?

David : L’un des moment fort a été de me retrouver à la même hauteur que les nuages et de filmer tous ces paysages incroyables du Congo. J’ai aussi été marqué de ma rencontre avec les gorilles.

Juan : Il y a eu beaucoup de bons moments, mais je dirais que celui qui m’a marqué, c’est ma rencontre avec les gorilles. On était à un mètre d’eux pour les filmer. C’était incroyable d’être couvert de moustiques et d’abeilles sans pouvoir bouger parce qu’un mouvement brusque pouvait provoquer une attaque.

Qu’est ce que le tournage au Congo avait de spécial ?

Juan : Tout ce que je peux dire c’est que j’aimerais y retourner pour continuer à raconter les histoires valorisantes de cette population. Ce tournage nous a aussi permis de mettre une certaine équité dans la narration de la capture des images, pour parler de ce Congo de façon moins occidentalisé, sans l’attitude de supériorité que nous pouvons parfois avoir, une frustration que j’ai vécue en tant qu’Équatorien. J’aimerais continuer à casser ces distances là. Je pense qu’avec I Am Congo, on a réussi à faire un premier pas dans ce sens. Ça a nourrit une passion pour continuer de raconter des histoires en Afrique.

David Mbosso,co-réalisateur durant le tournage de I'am Congo (à droite)

David Mbosso,co-réalisateur durant le tournage de I’am Congo (à droite)

Combien de temps avez-vous pris pour le tournage ?

David : Ça c’est plutôt fait vite, soit de mars à juin 2015. Nous avions pris contact avec un logisticien sur place pour élaborer un itinéraire pour le tournage. Mais… je vous dirais que tout le reste s’est fait sur place. On a pas mal improvisé sur le terrain : notre expérience ressemblait beaucoup à un tournage en immersion.

Donc aucun script n’avait été préparé au préalable ?

David : Non. Nous ne voulions pas imposer nos idées ou notre vision du Congo aux personnes que nous allions interviewer dans le documentaire. Nous voulions plutôt aller spontanément à la rencontre des gens et les entendre nous raconter ce qu’ils avaient à dire en partageant surtout leur histoire personnelle. La recherche s’est vraiment faite sur le travail technique pour obtenir l’esthétique rendue du film. L’intérêt était vraiment d’y aller avec le moins de préjugés possible pour un résultat spontané.

Et sur le plan éditorial, comment s’est fait votre choix ?

David : On s’est dit qu’on ne voulait pas aborder le sujet de la politique congolaise et parler de tout le reste.

BrazzaMag partage cette même ligne éditorial que vous et pourtant, ils nous arrivent de nous faire critiqués pour cela. Ne craignez vous pas que l’on vous reproche d’être superficiel en évitant d’aborder la politique locale du pays ?

David : Il y a suffisamment de personnes qui s’occupent de montrer le quotidien du Congo. Nous ne refusons pas la critique du public, parce qu’il faut de la nuance. Chacun doit apporter sa pierre à l’édifice. On se situe de l’autre côté de la balance : on essaie d’apporter un peu plus de positif. Le film appartient aussi au public et on ne peut pas empêcher chacun de l’interpréter à sa manière. Je comprends les inquiétudes des congolais mais en tant qu’artistes, nous avons choisi cette ligne éditoriale.

Qu’est-ce que le public pourra découvrir dans Ie film I Am Congo ?

David : J’espère que le public pourra découvrir les Congolais au-delà des préjugés. Ceux qui critiquent le pays ont parfois un regard misérabiliste et prennent les congolais avec condescendance. Le public découvrira un Congo beaucoup plus nuancé, un peu plus joyeux, un peu plus fier. Ils découvriront un patrimoine naturel que l’on a rarement vu auparavant. Le Congo est vraiment un paradis sur terre! Il y a pas d’autres mots pour décrire ce pays. Ils découvriront aussi des personnages insolites, comme les catcheurs ou encore les sapeurs. Ils découvriront les personnes qui font le Congo de tous les jours, tel que les pêcheurs, les mamans qui font le manioc pour tout un village, les agriculteurs.

Qui est votre public cible pour le film ?

David: D’abord les Congolais, car ils n’ont pas forcement la chance de voir le pays sous l’angle que nous avions pu le voir, je pense par exemple aux plans en hélicoptère. Ce n’est pas donné à tout le monde de faire un tour à bord de ce genre d’engin! Le film leur permettra de s’approprier ce patrimoine. La deuxième cible c’est bien sûr la communauté internationale. Nous souhaitons faire découvrir ce pays, encore une fois, au-delà des préjugés.

Où le public peut-il visionner I Am Congo ?

David:  Le public pourra découvrir le film sur un site qui paraîtra lundi. La version de 26 minutes y sera publiée. On espère que le film participera à plusieurs festivals. Il y aura peut-être une diffusion dans le centre culturel français à Brazzaville.

Est-ce que l’équipe se projette déjà dans la réalisation d’un autre film de ce genre dans un autre pays de l’Afrique ?

David: Ce ne sera peut-être pas le même nom, mais ce sera le même esprit. Nous avons eu des sollicitations notamment de personnes provenant de d’autres pays africains, par exemple du Gabon,  et qui veulent sublimer leur pays. On espère concrétiser ça très prochainement.

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Ne dit-on pas que les images valent mille mots? Le docuficton I am Congo sera mis en ligne aujourd’hui sur la page Web : www.iamcongoexperience.com

Photos courtoisie: I’m Congo

BrazzaMag

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