Céline Arens, le pari de l’implication locale

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Du haut de ses 24 ans, Céline Manuela Nsilu Arens affiche un regard rempli d’énergie. Après des études anglophones, elle a décidé de venir au Congo pour s’impliquer dans le tissu social. S’écartant du chemin alors tout tracé par sa mère dans les affaires, elle a su donner une forme à l’idée qu’elle avait développée lors de ses études : une association nommée AfricaCare.

C’est au siège coloré de l’association que Céline nous reçoit. Deux autres personnes s’activent pour terminer la préparation des boîtes vouées à la collecte. Laissant cette tâche à ces derniers, elle prend le temps de nous éclairer sur son parcours atypique.

Née en Belgique, Céline grandit à Kinshasa dans un environnement familial multiculturel, somme de la culture angolaise, belge et portugaise. C’est suite à la guerre en RDC de 1997 qu’elle arrive à Pointe-Noire où elle réalisera toute sa scolarité et ses premiers pas dans l’associatif. Avec l’envie de maîtriser la langue de Shakespeare, elle s’envole pour Cambridge où elle décroche une licence en business international. « Malgré des vacances en Europe, j’ai toujours vécu en Afrique, alors j’ai eu un petit choc culturel lorsque je suis arrivée à Cambridge ! » réagit-elle avec nostalgie.

Licence en poche, elle s’oriente ensuite vers un master en développement durable à Londres. Eloignée de la misère africaine, ce sont les retours au Congo qui heurtent sa conscience : «  Cela m’a donné envie de revenir pour m’investir. »

« M’accomplir en tant qu’individu »

Après l’obtention de son master, elle prend une année sabbatique pour faire de l’humanitaire. « Ayant ressenti un véritable sentiment d’accomplissement académique, j’ai alors décidé de m’accomplir en tant qu’individu », explique-t-elle.

Un an pour voyager, découvrir, apprendre. Retenue pour un stage de quatre mois au siège des Nations unies, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique à Bangkok, Céline découvre le fonctionnement d’une organisation internationale, avec ses réalités et ses défis. « A l’issue de cette aventure, j’ai ressenti l’intime conviction qu’il était temps pour moi de rentrer. Et de ne plus dire : “il faudrait que” sans jamais rien faire », expose avec vigueur la présidente d’AfricaCare.

L’indépendance est une valeur ancrée dans la famille ; et c’est ainsi qu’elle tourne le dos à un poste aux Emirats, entraînant par la même occasion une frayeur à sa mère. « Elle me disait de travailler maintenant pour économiser et réaliser mes projets dans le futur. Mais il fallait que je me sente utile maintenant. »

Réinsertion sociale

« AfricaCare, ça vient de Cambridge ! » s’amuse Céline. Un concours associatif avait pour but de récompenser l’association qui aurait eu le plus de soutien sur les réseaux sociaux en un temps imparti. Se prêtant au jeu, elle crée AfriCare. L’association ne remporte pas le concours, mais la concrétisation de l’idée s’implante profondément dans l’inconscient de l’étudiante.

Association congolaise laïque à but non lucratif, AfricaCare naît quatre années plus tard, en décembre 2016. « J’ai toujours fait de manière personnelle des distributions de jouets, de vêtements… C’est après ma rencontre avec Ed [vice-président], que nous avons décidé de lancer officiellement l’association », sourit Céline.

Aujourd’hui, quatre bénévoles travaillent pour l’organisation qui a su se développer depuis sa création. La communication est supervisée par Ed, une assistante de direction s’occupe de l’administratif et épaule la présidente. Depuis peu, une psychologue s’est même joint à eux afin d’accompagner pleinement à la réinsertion sociale.

« Garder la tête froide »

« Même si les situations auxquelles nous sommes confrontés provoquent beaucoup d’empathie, il faut garder la tête froide pour assurer la pérennité de ce que nous avons construit », explique Ed, le regard tourné vers demain.

Les aider maintenant pour anticiper l’avenir : les enfants déscolarisés qui survivent dans la rue sont confrontés à une extrême violence, sans perspective d’avenir. AfricaCare se fixe pour objectif d’aider ces derniers pour redonner un sens à leur vie. Pour cela, un dialogue s’installe avec l’enfant : « Le but est de créer une relation de confiance pour que l’enfant fasse le premier pas et non l’inverse. »

Chaque cas est analysé, une solution est trouvée avec les parents et le tribunal pour enfants pour savoir quel foyer l’enfant va réintégrer : le foyer social ou familial.  Dans le premier cas, AfricaCare a mis en place un suivi psychologique pour aider les enfants à surmonter les situations inadaptées auxquelles ils ont été confrontés durant leur errance. Dans le second cas, c’est à la famille que revient la responsabilité. « Il y a peu de structures ponténégrines telles que le SAMU Social qui aident les orphelins sans avoir leur propre orphelinat », complète Ed.

« Un sandwich pour tous »

Réalisant des audits de besoins dans les orphelinats visités, l’association priorise les actions à réaliser avec une réelle transparence : devis accessibles sur le site Web, cagnottes en accès libre… Pour recevoir les donations, des boîtes de récolte sont disséminées dans la plupart des établissements de la ville et des panneaux publicitaires annoncent les opérations à venir. « Il y a beaucoup de choses à faire par ici. Mais nous devons nous concentrer et terminer les projets en cours », se raisonne Ed.

L’association ne dispose d’aucunes subventions et tous les fonds récoltés proviennent de dons, financiers ou matériels. Des distributions de vêtements et de denrées sont organisées. L’opération « un sandwich pour tous » se veut communicative : « Partager le repas entre les acteurs et les enfants pour permettre aux participants de réaliser l’importance d’une action qui peut leur paraître bénigne », conclut Céline.

Elle a néanmoins suivi un conseil prodigué par sa mère : celui d’avoir un travail à côté afin de ne pas être exposée en permanence aux difficultés qui caractérisent la vie de rue de ces enfants. Elle a ainsi rejoint les affaires familiales tout en gardant la moitié de son temps pour mener AfricaCare.

Pour aller plus loin :
www.weafricacare.org
FB : africacareofficiel

Par Gauthier Pinel

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