Au Congo, l’agroalimentaire ne demande qu’à pousser

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Le Congo dispose de 10 millions de terres arables, d’une hydrographie et d’un climat favorables à l’agriculture. Et pourtant, 39% des ménages n’ont pas accès à l’apport minimum de 2 400 calories par jour, d’après la FAO. Alors, où en est le secteur agroalimentaire congolais ?

« L’agriculture fonctionne à coup de slogan alors qu’ici, tout pousse », soupire un acteur de la filière agricole congolaise. Un paradoxe maintes fois répété. Le Congo vise l’autosuffisance alimentaire à l’horizon 2025 et, pour y arriver, développer l’industrie agroalimentaire apparaît comme une nécessité. Aujourd’hui concentré à Brazzaville et Pointe-Noire, ce secteur reste encore à la traîne. Des yaourteries, un complexe de fabrication de sucre, des usines de boissons (bière, eau et sodas), de l’aliment pour bétail, des biscuiteries, une ferme avicole développée sur le modèle intensif, une minoterie produisant des farines… Le tour d’horizon est assez rapide.

Un secteur confronté au dilemme de la poule et de l’œuf

Pour développer son industrie de transformation des produits agricoles, l’agro-alimentaire doit s’appuyer sur une filière agricole forte. Et c’est là que le bât blesse. Les acteurs les plus nombreux de la filière agricole restent en effet de petits exploitants, villageois, coopératives ou associations. Bref, des micro-structures aux petits moyens et avec une faible productivité… Qui disent pourtant avoir du mal à trouver des clients et à écouler leurs produits ! « S’il y avait des usines de jus de fruits ou de confiture, ce serait plus facile et cela pousserait les jeunes à se lancer », insiste Sylvie, maraîchère dans le Kouilou.
D’un côté, donc, des petits producteurs qui souhaitent l’émergence d’industries de transformation. De l’autre, des industriels qui préfèrent souvent importer les matières premières, jugeant ces petits exploitants « peu fiables », aux récoltes trop aléatoires. Dans la filière œuf, par exemple, les difficultés d’approvisionnement en maïs pour produire l’aliment du bétail constituent un frein au développement du secteur (lire notre article page xx).

Cessions de terres contre maïs

C’est pourquoi, dans le cadre du Plan national de développement du Congo 2012-2016, le gouvernement avait choisi de développer « de grandes exploitations de type industriel, susceptibles d’offrir un volume de production adéquat et suffisamment stable pour alimenter l’industrie de transformation et l’exportation de produits à haute valeur ajoutée ».

Ainsi, le gouvernement a autorisé des fermiers sud-africains à exploiter 80 000 hectares dans le Niari et la Bouenza en 2011. Des 23 agriculteurs arrivés à l’époque, il n’en reste que 9 au Congo aujourd’hui. Les fermiers se sont donné pour objectif d’atteindre 8 000 hectares de surfaces cultivables d’ici à 2019 et en comptent 2 200 en 2017. Les Sud-Africains n’ont pas été pas les seuls à se lancer dans le maïs : 20 000 hectares de terre ont été cédés dans la Bouenza à l’entreprise Tolona en 2015.

Energie, financements et formation

L’accès aux terres ne fait pas tout, encore faut-il tenir sur la durée. Car les freins au développement sont nombreux, rappellent les acteurs de la filière agroalimentaire. L’offre énergétique pose problème : à la fois en termes d’approvisionnement d’électricité, mais aussi de conservation alimentaire. D’autres soulignent des difficultés d’accès au financement ou des problèmes fiscaux, bien que les entreprises agricoles soient exonérées d’impôts sur les bénéfices. Les importations sont également montrées du doigt. En 2015, le Congo a importé pour 322,7 milliards de francs CFA de produits agricoles et d’agro-industrie (contre 352 milliards en 2014), à savoir viandes, poissons, produits laitiers, céréales, produits à base de céréales, etc. Pour protéger ses quelques produits « made in Congo », le gouvernement a mis en place des taxes sur les bières, eaux et boissons gazeuses entrant dans le pays, ainsi que des quotas sur l’importation de farine. Il a aussi interdit l’importation de sucre (même si en 2006, 25% du sucre sur le marché congolais provenait de contrebande).

Changer les mentalités

Manque de main-d’œuvre formée, agriculteurs indépendants pas assez chevronnés pour organiser leur activité économique… Là aussi, des solutions ont été amorcées avec Agricongo, des formations à la comptabilité de base dans les chambres de commerce et d’industrie. Mais pour beaucoup d’acteurs du secteur, il faut avant tout « changer les mentalités et créer une mode autour de l’agriculture ». Le domaine n’est en effet pas considéré comme un débouché pour les jeunes générations, qu’il faudrait sensibiliser dès l’école. Espérons donc que des vocations émergent pour pousser la production agricole et enfin permettre l’émergence d’une agro-industrie de transformation nationale.

Analyse: Julie Crenn

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