Tsengué-Tsengué appuie sur le champignon

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La myciculture, ça vous parle ? Derrière ce mot compliqué se cache la culture de champignons comestibles. Une activité originale et pas spécialement congolaise, que l’inventeur Tsengué-Tsengué a décidé de remettre au goût du jour. De la culture des semences à la mise en place de kits de production de pleurotes, le Congolais a lancé son entreprise, Bio-Tech Congo, fin 2015.

Au rez-de-chaussée d’une maison du quartier Moungali de Brazzaville, de drôles de cahutes en bois recouvrent les murs : des étagères à champignons. Des centaines de sacs pendent ou sont posés sur des planches. Tsengué-Tsengué, le maître des lieux, contrôle la pousse, surveille la température et prépare les prochaines livraisons. Difficile d’imaginer qu’il y a deux ans, ce Congolais de 59 ans ignorait tout ou presque de la myciculture.

« Les champignons, c’était une révolte », glisse-t-il, attablé sur sa terrasse avec vue sur la rivière Madoukou. Tsengué-Tsengué raconte avec pudeur ses vies d’avant. Ses études d’ingénieur à l’école centrale en France, ses débuts à la raffinerie de Pointe-Noire, son passage à la Saris et, toujours en parallèle, ses recherches et inventions qui débouchent, en 1991, sur la création et la commercialisation d’un séchoir à poisson salé. « Je suis un inventeur avant tout, j’ai dû devenir entrepreneur malgré moi pour faire connaître mes produits », souligne-t-il.

En 2001, après de nombreuses années de recherche et développement, l’entreprise Challenge Futura voit le jour. Tsengué-Tsengué produit alors des machines industrielles : broyeurs, mélangeurs, séchoir, décortiqueurs d’arachides, presses à briques, à huile et de nombreux autres équipements made in Congo. Doublement primée en 2007 à Genève au Salon international des inventions, Challenge Futura reçoit également le prix Titans-Building Nations Awards de la PME du continent africain en 2014.

Manipulation délicate

Paradoxalement, 2014 sera aussi l’année de sa fermeture. Tsengué-Tsengué reste discret concernant les difficultés rencontrées, évoquant la destruction du show-room où les prototypes de l’entreprise étaient exposés (en 2003), « plusieurs gardes à vue » et enfin un « litige foncier » (en 2012) qui aura raison de son entreprise. Le salut passera… par les champignons, une idée de sa sœur !

« Cela m’a pris huit mois pour maîtriser la production », explique-t-il au milieu de sa pièce d’incubation. Car il a fallu tout apprendre. Tout d’abord la culture des semences. S’il achète les premières en RDC, l’inventeur veut pouvoir les produire lui-même. Une manipulation délicate qui doit se faire en milieu stérile pour éviter toute contamination. Une fois cultivée en boite de pétri et développée dans des bocaux stérilisés, la culture de champignon est insérée dans des sacs plastiques contenant un substrat, c’est à dire un terreau fait de copeaux de bois, de son de blé et d’autres ingrédients. La recette (maison) a été trouvée après de nombreux tests. « Avec nos conditions climatiques, ce n’était pas facile », témoigne Tsengué-Tsengué.

La semence de champignon colonise alors le sac plastique et commence à donner ses fruits trois à quatre semaines après encensement, des pleurotes en l’occurrence. Une fois cette période dite d’incubation passée, l’entrepreneur vend ses kits aux clients. « Mon objectif n’est pas de commercialiser les pleurotes mais leur moyen de production », explique-t-il, même si, pour se faire connaître, l’entrepreneur en a tout de même vendu aux supermarchés et restaurateurs de Brazzaville.

« En bouillon, en omelette »

Pour les clients de Tsengué-Tsengué, le processus est assez simple. Il suffit d’acheter un kit, de l’arroser trois à quatre fois par jour, et les pleurotes fleuriront ! Ainsi, un kit de 10 kilos (vendu 9 000 francs CFA) commencera à produire quatre à six jours après l’achat et produira 3, 5 kilos de champignons en quatre mois (les récoltes se font en général tous les quinze jours). Ce qui veut dire que 1 000 kits donneront environ 30 kilos de champignons par jour.

« C’est un véritable produit d’avenir car il est très peu gourmand en termes de capitaux et de suivi », s’enthousiasme Mireille Ngazo, qui a installé six kits dans sa maison de Pointe-Noire. « Je voulais savoir si c’était vraiment facile à faire, et ça l’est ! » confirme la directrice de Fiscongo, qui envisage de pousser des porteurs de projet à développer cette activité. « J’en mange en bouillon, en omelette et j’ai testé la panure pour Noël, c’était délicieux. En plus, c’est riche en protéines. »

En un peu plus de deux mois, d’août à octobre 2016, Bio-tech a vendu près d’un millier de kits. Suite à un problème de contamination, la vente a dû être suspendue jusqu’en février 2017. Entre-temps, des parts de la start-up Bio-Tech ont été achetées par plusieurs investisseurs et Tsengué-Tsengué cherche à s’agrandir. « Nous avons de plus en plus de demande et il faut que l’on trouve plus d’espace pour atteindre une capacité de production de 1 000 kits par mois. » Pour que les champignons made in Congo se retrouvent dans toutes les assiettes…

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