Sylvestrine Tsibila: tramsmettre son savoir faire aux générations futures

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Sylvestrine Tsibila fabrique divers objets à base de laine et de fils. Quelques années plus tôt, cette mère de famille considérait cette activité comme un passe-temps. Aujourd’hui, non seulement elle en a fait son gagne pain mais elle transmet aussi son savoir-faire. Elle encadre les enfants âgés de 6 ans et plus à Couleur Equateur,  un atelier situé dans les encablures au centre-ville de Pointe-Noire. Découvrez son talent à travers ses créations.

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«Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, je serai créatrice d’objets d’art”, dit-elle, assise sur un petit tabouret. Devant elle, on peut voir tout son matériel de travail : une paire de ciseaux, des tiges de bambou, des pots de colle, des bouchons, du tissu en pagne, de la laine et du fil de couture.

L’artisane fabrique des chouchous, des bracelets, des poupées, des boites, des tongues, des colliers, et autres objets de décoration.

Outre son talent et son expérience, elle se démarque des autres artisanes par son leitmotiv : pour elle, un savoir-faire se doit d’être transmis aux générations futures.

Tous les mercredis et vendredis, elle donne des cours aux enfants qui prennent part aux ateliers organisés à «Couleur Equateur». Ces derniers apprennent la confection, la poterie et la couture.

Lena Levasseur a 9 ans. Cela fait 3 ans qu’elle participe aux ateliers de Sylvestrine. Pour elle, sa maîtresse est spéciale. «Elle est gentille. Elle m’a appris à faire des tas de choses. Il est vrai que je savais déjà faire quelques trucs. Mais grâce à elle, je sais peindre des tableaux, faire des bols, des tasses et des bonshommes», confie la fillette timidement.

La poupée, c’est ma consolation

Couleur equateur-55Sylvestrine n’oubliera jamais sa première création : une poupée. C’est  avec une certaine émotion qu’elle revient sur son passé.

Elle lève les yeux vers le ciel, sourit et réfléchit un moment avant de se lancer : «Vous souvenez-vous de ces  moments là ?», nous demande-t-elle. «Moi, je ne les oublierai jamais. Vous savez, j’ai eu une enfance heureuse J’ai fabriqué ma  première poupée à l’âge de 7 ans», confie-t-elle.

Ses gestes, sa façon de manier la tige de bambou pour étaler la colle, la manette qu’elle a en main, confirment ses dires. Elle le fait avec tellement de délicatesse, d’attention et d’amour que l’on ne pourrait en douter.

«J’ai souvent été seule», poursuit l’enseignante. Le timbre de sa voix change. Elle se perds dans ses pensées. Ses yeux, brillent. Elle dépose la tige de bambou. Va-t-elle se mettre à  pleurer ? Non, elle reprend ses esprits et ajoute « Ma seule consolation était ma poupée. A chaque fois que je fabrique une poupée, je me sens en sécurité». Preuve en est, de toutes ses créations, la poupée est celle qui se vend le mieux.

Une enseignante autodidacte

Sylvestrine a grandi dans le camp de la milice à Brazzaville. C’est en participant à plusieurs ateliers comme font ses élèves aujourd’hui, qu’elle a pu bénéficier des expériences de ses consœurs. Elle témoigne qu’à l’époque, il était difficile de trouver des poupées en plastiques.

Couleur equateur-58La fillette de 7 ans et ses copines apprenaient donc à fabriquer leurs jouets. Plus encore, en grandissant, Sylvestrine s’est mise à confectionner d’autres choses. Au lycée, son professeur de génétique tombe sous le charme dun de ses colliers et lui demande de le lui vendre. Un collier, qu’elle avait fait avec des perles.  A partir de là, la jeune fille comprend qu’elle a du talent et fait son maximum pour le prouver à son entourage.

En 1996, elle rejoint le cercle fermé des artistes et participe à une exposition organisée à l’occasion de la journée de la femme. Une initiative dont l’objectif était de promouvoir les artisans. Pourtant, elle n’en était pas encore une.

Les événements politiques qui ont secoués le pays en 1997, la contraignent à s’installer à Pointe-Noire. Une fois dans la capitale économique, elle est confrontée à des difficultés financières. Ses copines lui conseillent de se lancer dans la vente d’objets d’art. Un conseil qu’elle ne tardera pas à appliquer puisqu’elle se met à faire du porte à porte pour vendre ses créations. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Au fur et à mesure, elle s’aperçoit qu’elle a beaucoup à apprendre et décide de se rendre en Afrique de l’ouest pour approfondir ses connaissances.

Trois ans après, Sylvestrine rentre au Congo. Son objectif : trouver un local afin d’exposer ses créations. Seulement, comme pour tout débutant, les moyens financiers font défaut. Son père était le seul à la soutenir. Virginie, qui fait partie de ses anciennes clientes va lui donner un coup de pouce. Grâce à elle, le problème du local, de la communication sont résolus. Aussi, elle lui propose d’animer l’atelier «Sablicolle».

«J’ai embauché Sylvestrine parce que je suis née en Afrique, précisément en Côte d’Ivoire. Je suis attachée à la culture africaine. Et puis elle est douée dans ce qu’elle fait. Elle mérite d’être encouragée», confie, Virginie David, responsable à Couleur Equateur.

Couleur equateur-25Les encouragements, elle n’en reçoit pas seulement de la part de son employeur mais aussi de la part de ses clients et de tous les enfants qu’elle encadre. Sylvestrine confie qu’elle souhaiterait voir les femmes de son âge tout aussi actives qu’elle. Malgré les péripéties, cette congolaise est fière de transmettre sa passion.  

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