SMGC, Marc-Antoine Chelala, histoire d’une ascension

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Installée au Congo depuis plus de cinquante ans, la famille Chelala est l’une des lignées de la diaspora franco-libanaise la plus reconnue du pays. Après avoir fait affaire dans le commerce de produits surgelés dans les années 80 et 90, Elie Chelala dirige avec son fils Marc-Antoine la SMGC, pour Société des mines et du gravier du Congo. Brazzamag les a rencontrés au siège de l’entreprise, qui est aussi leur garage principal, caché derrière de hauts murs à Vindoulou, à trois quarts d’heures du centre de Pointe-Noire.

Les Chelala sont discrets. Leur entreprise familiale, la SMGC, est l’une des principales sociétés de transport, construction et génie civil du pays. Mais aucune trace d’eux sur Internet, aucun site en ligne et peu de publicité. Même leur siège semble avoir été placé à l’abri des regards. Le taxi qui nous y emmène a beau se vanter de connaître toutes les ruelles de la région par cœur, il s’est finalement résigné à demander son chemin par deux fois.

On sent même une certaine réserve à l’idée de raconter l’histoire de la famille à un journaliste. « Je m’étais engagé », lâche Marc-Antoine Chelala, presque avec regret, au moment de s’installer à son bureau pour nous raconter l’histoire de l’entreprise familiale, dont une publication paraîtra pour la première fois.

« Une structure à taille humaine »

C’est la relève familiale qui s’y colle, donc. Ce trentenaire est directeur général adjoint de la SMGC depuis cinq ans. Pas question pour autant de faire le « président, dans un bureau de luxe ». Il s’est installé au rez-de-chaussée, à niveau des employés, juste devant l’entrée. Il peut voir toutes les allées et venues des camions, sentir l’ambiance du garage. « C’est un peu ma vigie. »

Marc-Antoine était dans leurs rangs sept ans plus tôt. Au moment d’intégrer l’entreprise, il commence comme responsable de chantier, après un BTS en management et une licence de comptabilité décrochée en France. Un débarquement un peu brutal, mais nécessaire. « Je ne connaissais même pas la différence entre le ciment et le béton. J’ai tout appris sur le terrain. » Une expérience qu’il utilise aujourd’hui « tous les jours ».

Un an un plus tard, il passe à la comptabilité, son domaine, puis devient directeur général adjoint. Une promotion qu’il relativise. « Ma préoccupation principale a toujours été la sauvegarde et le développement de cette structure à taille humaine. » Structure. Le mot revient tout le temps dans la conversation. C’est finalement le rôle que s’est trouvé Marc-Antoine au fil du temps : structurer et moderniser les activités de son père.

Du transport routier aux travaux d’envergure

A sa création, la SMGC était spécialisée dans le transport routier entre Pointe-Noire et Brazzaville. Il fallait certes des camions, mais pas seulement. « Quand on a démarré en 2003, il y avait que de la piste. En saison des pluies, il valait mieux sortir les pelleteuses. » Les voyages duraient alors plusieurs semaines.

En 2012, la route N1 sort de terre. Il faut penser à se diversifier : ce sera logiquement vers le génie civil. « On a appris à faire du terrassement par exemple. L’idée était de recycler nos savoirs utilisés en interne et les mettre sur le marché. » Voilà pour la théorie, mais Marc-Antoine s’occupe également de la pratique : il évalue les besoins, rationalise les coûts, fait rénover le siège, investit, lie des partenariats, constitue de nouvelles équipes et cherche des marchés potentiels. Très vite, la SMGC attire de grosses entreprises mais aussi des particuliers. Ne restant pas sur ses acquis, elle décide d’augmenter ses exigences afin de se positionner sur des marchés pétroliers.

Seulement, on ne travaille pas pour elles du jour au lendemain. « Elles exigent une rigueur qu’on n’avait pas forcément. On a dû tout changer. Des casques aux grilles de salaires en passant par les normes de sécurité, ça nous a pris plus de deux ans. » En juin dernier, la SMGC obtient la certification pour travailler pour Total E&P Congo. « C’était difficile, mais ça ne peut qu’être bénéfique. Maintenant on a la rigueur pour se positionner sur des travaux d’envergure. »

« Pour connaître le haut il faut connaître le bas »

Des échos de voix viennent du couloir. Marc-Antoine interrompt son récit pour rigoler. « Ce n’est rien, c’est mon père qui s’amuse avec les salariés. » Ce jour-là, Elie Chelala passe justement quelques minutes dans le bureau de son fils. Au premier abord, le directeur général de la SMGC apparaît comme un petit homme à l’allure modeste. Mais il ne faut pas s’y tromper : dans les années 80, venu rejoindre un cousin à lui, Joseph Chelala, il a fait du commerce dans les produits surgelés et a rejoint ensuite le groupe El Sahely dirigé par Fouad El Sahely. Ensemble, ils créeront plusieurs sociétés parmi lesquelles des noms bien connus tels que SCAC et Cristal avant de créer SMGC dans les années 2000. Bref, il est l’un des hommes d’affaires de la diaspora franco-libanaise les plus reconnus et les plus actifs au Congo.

Les regards échangés entre le directeur général et son adjoint sont volontiers complices et bienveillants. « Il se débrouille pas mal », juge Elie Chelala en esquissant un léger sourire. En 2010, c’est lui qui appelle Marc-Antoine à venir travailler à SMGC. Pourquoi ? « Vous utilisez encore ce que vous avez appris à la fac », répond-il sur le ton de l’évidence. « Les études sont faites pour former le cerveau. Après, il suffit de s’adapter. C’est pour ça que j’ai envoyé mon fils sur le terrain. Pour connaître le haut il faut connaître le bas. »

En haut ou en bas ? Derrière le bureau, sur le terrain ou dans un garage ? Où est-il le plus à l’aise ? « Je ne me pose pas la question. Au Congo, on doit s’adapter à chaque situation tel un couteau suisse, il faut être tout-terrain », affirme Marc-Antoine en déambulant au milieu des camions.

A présent que la SMGC a changé de dimension, il faut communiquer. « On a l’intention de développer un site internet, une page Facebook, et pourquoi pas Instagram aussi, histoire de se faire un peu connaître. » Même si cela revient à forcer un brin la nature des Chelala.

Par Antoine Rolland

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