Vos histoires abreuvent la memoire collective

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Un souvenir, c’est d’abord une histoire qu’on se raconte et qu’on raconte aux autres. C’est dans cet esprit de partage que Christ Henriti à eu l’idée avec quatre autres entrepreneurs de lancer la plate-forme interactive réservoir à souvenirs”. Chargé de développement et responsable du développement de la zone Afrique au sein de la startup « Etrange Ordinaire », ce congolais basé en France partage cette aventure avant-gardiste.

Christ Henriti

Christ Henriti, cofondateur de réservoir à souvenirs

Brazzamag: Présenteznous réservoir à souvenirs.

Christ Henriti : Le réservoir à souvenirs est une plate forme de collecte de souvenirs en ligne. Vous pouvez d’ores et déjà écouter par le biais de notre site les souvenirs de quelques habitants de Ouenze et de Bacongo.

Quel est l’objectif du réservoir à souvenirs ?

Le réservoir à souvenirs a pour objectif de valoriser des territoires à travers des anecdotes ou des souvenirs des ses habitants. Nous mettons en place des objets connectés au territoire qui vous accompagnent lors de la découverte d’un quartier et vous invitent à porter une oreille attentive aux souvenirs que vous croisez. Nous souhaitons créer des liens dans un quartier tout en donnant un rôle à chacun des habitants. En fédérant les habitants autour de ce projet par l’échange et le partage intergénérationnel, nous créons une dynamique collective génératrice de lien social. Si je reprends l’exemple de la ville de Brazzaville, les collèges publics portent souvent le nom d’une personnalité (Ex: Nganga Edouard, Gampo Olilou, Pierre Ntieté …) alors que la grande majorité des jeunes ne savent pas qui sont ces gens.

Le réservoir à souvenirs permettra à nos aînés contemporains de ces illustres personnages de nous raconter leurs histoires. Ces histoires seront insérées dans des flashtags que nous disposerons dans les collèges. Ainsi, chacun pourra avec son smartphone flasher le tag et écouter le récit. Nous pourrons ainsi créer tout un circuit touristique associés à des objets connectés dans le quartier. Ce serait une première en Afrique !!

Quel est le profil de vos membres ?

L’équipe* du réservoir à souvenirs est assez variée. Elle regroupe aussi bien des designers que des graphistes et personnellement, je suis ingénieur.

Qui est derrière le réservoir à souvenirs ?

Derrière le réservoir à souvenirs il y’a d’abord l’agence « Etrange Ordinaire » qui est une startup spécialisée dans le design social. Le réservoir à souvenirs c’est donc une équipe de jeunes soucieux de créer des outils pour rapprocher les gens, mettre en valeur le patrimoine culturel et linguistique, tout en mettant l’humain au coeur des projets.

Brièvement, quel est votre parcourt ?

Je m’appelle Christ Henriti, je suis Congolais, arrivé en France à l’âge de 16 ans après l’obtention de mon baccalauréat afin de poursuivre mes études supérieures. Je suis ingénieur dans le nucléaire et je suis passionné de voyages.

Comment vous est venu cette idée ?

L’idée de collecter les souvenirs et les partager m’est venue suite aux explosions du 4 Mars 2012 à Brazzaville. Je suis originaire de Ouenzé et j’étais sur place lors de ces événements.  En plus de la douleur de perdre des êtres chers et de voir leurs  logements anéantis s’ajoutait pour les survivants l’épreuve de devoir partir vivre ailleurs ou de continuer à vivre dans un quartier qui n’avait plus rien à voir avec ce qu’ils ont connu toute leur vie. Il me paraissait donc évident qu’il fallait essayer de sauver ce qui pouvait l’être encore. Lorsqu’on a tout perdu sur le plan matériel, seuls les souvenirs restent.

J’ai pris l’initiative de récolter les souvenirs des habitants du quartier sur la vie avant les explosions et aussi les souvenirs qu’ils avaient gardé du 4 mars afin de conserver la mémoire collective du quartier.

Qu’estce que le réservoir à souvenirs vous a apporté sur le plan personnel ?

Ce travail m’a permis d’apprendre des choses ou d’entendre des anecdotes que j’ignorais sur mon quartier. Cela a été pour moi une manière de redécouvrir ce quartier que je pensais pourtant très bien connaître. Je me suis aussi rendu compte que tous les quartiers de Brazzaville pouvaient gagner à constituer des bibliothèques vivantes de ce genre qui dévoileraient leurs atouts.

Je me suis donc rapproché d’«Etrange Ordinaire» afin d’associer nos projets.

Comment fonctionne le  réservoir à souvenirs ?

Une plateforme web a été lancée en version bêta en début d’année et la version définitive est prévue pour les semaines à venir. Cette plateforme est un support d’écoute et de partage de souvenirs, d’histoires et d’anecdotes localisés dans l’espace et le temps.

Concrètement, la plateforme web s’adresse à toute personne qui a une anecdote à partager ou qui souhaite faire découvrir le lieu où elle habite au monde entier.

Pour partager un souvenir, l’utilisateur doit créer un compte sur la plateforme puis y déposer son souvenir, le dater et le rattacher à un lieu sur un map monde. Il peut aussi rajouter une traduction écrite ou une description de son récit.

Il a le choix entre rendre son récit accessible à toute la communauté et même le partager sur les réseaux sociaux ou le restreindre à son cercle d’amis.

Pour écouter les souvenirs, nul besoin d’avoir un compte. Il suffit juste de se rendre sur la plateforme et choisir un lieu sur la carte puis se laisser transporter par le récit.

Ce qui permet à un potentiel visiteur de se faire une idée de l’endroit qu’il compte visiter, un peu comme si vous regardiez des photos d’un endroit que vous prévoyez de visiter. Ici, vous écouterez directement les habitants du lieu.

Quels sont vos projets pour réservoir à souvenirs ?

Plusieurs villes comme Nimes, Cherbourg et Port de Bouc nous font déjà confiance pour héberger et mettre en valeur les souvenirs de leurs habitants.

Plusieurs projets sont actuellement en cours afin d’offrir une expérience complète d’immersion dans la mémoire des villes.

Nous travaillons sur la conception d’une machine à souvenirs. Cette machine servira à récolter des souvenirs dans des musées, des mairies, des festivals ou même chez des particuliers lors de mariages, de funérailles ou tout événement susceptible de rassembler des gens.

Cette machine enregistre au format texte des souvenirs et génère aléatoirement des tickets contenant ces souvenirs.

Grâce à cette machine, on pourra par exemple lors d’un mariage convier les invités à déposer dans la machine les souvenirs ou les anecdotes qu’ils veulent partager sur le couple.

Ce dernier pourra conserver l’ensemble des souvenirs collectés et se faire éditer un livre contenant les souvenirs et aura même le choix de partager ou non les souvenirs avec ses invités via les tickets générés.

On pourra ainsi lire des souvenirs de son mariage comme on regarde un album photo aujourd’hui.

Nous travaillons aussi sur la conception d’une application pour smartphones et tablettes. Cette application vous permettra d’enregistrer vos souvenirs et de les partager directement sur la plateforme du réservoir à souvenirs.

Qu’estce que l’application apportera de plus à votre plate-forme en ligne ?

Les témoignages, grâce à l’application, se déclenchent lorsque l’on entre dans la zone d’un souvenir. On entend alors la personne nous raconter une petite histoire qui s’est passée là où nous nous trouvons. Cela permet de porter un autre regard sur le territoire, de le découvrir avec une approche plus sensible. On y découvre plein de petites histoires, d’anecdotes qui font résonner les accents de nos régions et révèlent l’âme de nos territoires.L’application vous proposera aussi des parcours à suivre pour découvrir l’histoire dun quartier.

Le mobilier urbain connecté fait aussi partie des projets que nous développons; on peut imaginer intégrer un dispositif de restitution de souvenirs audio sur les lampadaires ou les bancs qui longent le pont du 15 août 1960 qui vient d’être construit à Brazzaville. Les personnes qui ont vécu ce jour historique pourraient nous relater leurs souvenirs que nous intégrerons à ces dispositifs. Le promeneur du dimanche pourra ainsi apprendre un peu d’histoire tout en profitant de sa promenade.

Pensez-vous vous implanter en Afrique un jour?

Nous continuerons à nous déployer en France et prévoyons  effectivement de nous implanter en Afrique.

C’est une sacrée mission que vous avez là, sachant qu’au Congo, comme ailleurs, certaines traditions se perdent.

Chez nous, les traditions se transmettent oralement. Avec l’exode rural qui s’intensifie toujours un peu plus d’année en année et l’évolution des sociétés, si on n’y prend pas garde, plusieurs facettes de la culture du monde rural risquent d’être perdues à jamais.

Nous avons un devoir de témoignage à l’égard des générations futures. Nos enfants comme les générations qui les suivront, ont besoin de connaître ce qui constitue leurs racines.

Une communauté d’ambassadeurs bénévoles désireux de faire découvrir leurs quartiers sera mise en place après le lancement de l’application mobile afin de récolter des souvenirs partout.

Donc tout le monde peut poster un souvenir ?

J’invite les pouvoirs publics, les communes, les associations à s’approprier ces outils ainsi que les habitants qui souhaitent nous faire découvrir les endroits où ils vivent, à ne surtout pas hésiter à nous les envoyer. Nous nous ferons un plaisir de les partager avec le monde entier. L’écrivain Malien Amadou Hampaté Bâ disait « En Afrique, chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle» .

Nous avons donc avec le réservoir à souvenirs le moyen de sauver quelques livres de la bibliothèque avant qu’elle ne se consume entièrement.

*Clément Bonet chef de projet designer, Lucas Linares designer intégrateur web, David Di Marcantonio développeur, Baptiste Bodet UX Designer, Christ Henriti chargé de développement et Responsable Afrique

Photos courtoisie Réservoir à souvenirs

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