Proteck, le coût du risque

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Proteck bouscule le paysage de la sécurité privée à Pointe-Noire. Fondée il y a cinq ans par une équipe d’expatriés français, l’entreprise donne un coup de jeune au métier de la sûreté au Congo. Fini le gardiennage classique, place à la formation des agents, au travail en équipe et à la technologie. Fait rare, « Brazzamag » a réussi à déjouer l’attention des agents et à s’infiltrer le temps d’une soirée dans les coulisses de Proteck, pour vous en livrer ses secrets. 

22 h 14. Le téléphone d’Amour, le chef de la patrouille Proteck, sonne. L’alarme d’un client vient de se déclencher. Amour dit à son chauffeur de faire demi-tour. Quatre minutes plus tard, la villa nichée dans le quartier de Mpita apparaît à quelques centaines de mètres, au bout d’un chemin de sable. Et ce n’est pas le chaos de la route qui va faire ralentir le chauffeur.

La voiture n’est pas encore à l’arrêt que cinq hommes en surgissent, habillés de noir, matraque accrochée à la ceinture. Trois d’entre eux se positionnent immédiatement autour de l’enceinte de la villa. Amour et un autre homme pénètrent dans la propriété. Ils vérifient l’alarme, font le tour des fenêtres et des portes. Fausse alerte, rien à signaler. Durée totale de l’intervention : à peine plus de cinq minutes. Les hommes de Proteck peuvent reprendre leur patrouille.

La mise en scène est clairement assumée. Les agents sont des armoires à glace, roulent des mécaniques. « Notre but est d’intimider et de faire fuir les voleurs pour protéger les biens, se justifie Jean-Olivier Hedou, cofondateur de Proteck. On ne veut ni interpeller, ni rendre justice, ce n’est pas notre rôle. »

Un contrôle étroit des agents

Cette intervention est la procédure d’urgence d’une mécanique bien plus élaborée. Pour la comprendre, il faut visiter le cœur du réacteur, le centre de contrôle de Proteck. Quatre télévisions sont accrochées au mur. L’une d’entre elle affiche l’ensemble des sites surveillés par Proteck. Une autre répertorie l’historique de toutes les alarmes. C’est sur cet écran que, quelques minutes plus tôt, l’adresse de la villa de Mpita s’était affichée en rouge.

Deux agents de contrôle en chemise grise jettent régulièrement un œil aux écrans, assis devant leur ordinateur. L’un d’entre eux, Irvin, prend son poste pour toute la nuit. C’est l’un des plus anciens contrôleurs.

« On reste concentré, on n’a pas le temps de s’éparpiller. Certaines nuits, les appels s’enchaînent. » Le rôle des agents de contrôle est double : non seulement ils gèrent les alarmes, mais ils s’assurent aussi que les agents présents sur les sites vont bien. C’est l’une des grandes innovations managériales de Proteck : leurs agents de surveillance sur le terrain sont eux mêmes… protégés !

Toutes les quatre-vingt-dix minutes, chaque agent reçoit un appel automatique généré par une machine. S’il ne répond pas, un des deux agents du central est immédiatement prévenu, et le contacte manuellement. « Si l’agent ne répond toujours pas, je demande à un des sept contrôleurs qui patrouillent dans la ville d’aller voir ce qu’il se passe », montre Irvin.

De cette manière, l’agent sur le terrain n’est jamais seul. « Il a derrière lui un opérateur de contrôle, un contrôleur et, en dernier recours, la patrouille d’intervention, se félicite François Hallot, le directeur général de Proteck. La surveillance devient un travail d’équipe. »

Trouver son propre modèle de sûreté

C’est dans sa tête qu’est né ce système, il y a plusieurs années. Ce quadragénaire a travaillé pendant quinze ans dans la sûreté aérienne, avant de diriger pendant cinq ans une entreprise de sûreté à Pointe-Noire. « J’ai touché du doigt les limites du métier, raconte-t-il. On plante la plupart du temps un pauvre agent devant la maison, seul, coupé du monde, sans soutien. Et après, si  il y a intrusion, c’est à lui de se débrouiller tout seul. » Mais il est impossible pour lui d’investir dans une nouvelle méthode de management : François n’est « que » directeur, pas actionnaire. Il se contente de noter ses idées dans un coin de sa tête.

En 2012, il rencontre Jean-Olivier Hédou, un autre expatrié qui venait de finir une mission dans les télécommunications. Lors d’un dîner, ils partagent leur vision de la sécurité : la surveillance humaine doit être assistée par la technologie. « Immédiatement après, j’ai démissionné et on a lancé Proteck, » se souvient François Hallot.

La technologie, oui. Mais laquelle ? Ils tentent d’abord d’importer les protocoles qui fonctionnent en Europe. Sans succès : « Ça ne collait pas assez à la réalité africaine », analyse Jean Olivier Hédou. Alors l’équipe s’adapte au terrain. C’est notamment le rôle de Virginie Tardy. Ancienne directrice d’un centre de vidéosurveillance en Europe, où elle gérait 10 000 sites, elle est chargée de mettre en place le centre de contrôle. « En Europe, chaque alarme et chaque client ont leurs propres consignes d’intervention, explique-t-elle. Ici c’était trop compliqué pour le personnel. On a simplifié : en cas de déclenchement, il n’y a qu’une procédure, on appelle le client et on va voir. »

Au fil des mois, Proteck tâtonne mais progresse. L’équipe affine les procédures et adapte les technologies. Sous la houlette de Jean Olivier, elle crée son propre système d’information, comme les appels téléphoniques automatiques. Le logiciel sur lequel travaillent les opérateurs de contrôle a été  entièrement codé par son équipe. La prochaine étape ? « On développe une application sur tablettes et smartphones pour accompagner les agents sur le terrain, prévoit Jean-Olivier. Ça nous permettra de retracer toutes les interventions pour le client. »

Et de faire baisser encore les coûts. C’est l’ultime tour de magie de Proteck : « Comme notre modèle est adapté au terrain, on a réussi à baisser le prix des prestations », annonce fièrement François Hallot. Et pour cause, il faut compter seulement 30 000 francs par mois pour les premières offres, soit 1 000 francs par jour.

Par Antoine Rolland

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