Interview : « Près de 400 000 Congolais pourraient vivre du tourisme »

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La nouvelle ministre du Tourisme et des Loisirs,  Arlette Soudan-Nonault, veut faire décoller ce secteur plein de potentiel.

Chaque année, environ 500 000 touristes internationaux visitent le Congo. Ce chiffre concerne essentiellement les touristes d’affaires et affinitaires. Le pays abrite actuellement près de 900 établissements hôteliers qui se répartissent aux deux tiers et de manière égale entre Brazzaville et Pointe-Noire, le dernier tiers étant situé sur l’ensemble du territoire. Afin d’ouvrir ce dossier spécial tourisme, Brazzamag a souhaité en savoir plus sur la stratégie de la nouvelle ministre du Tourisme et des Loisirs, Arlette Soudan-Nonault. Interview.

Que représente le développement du secteur touristique pour un pays pétrolier et minier tel que le Congo ?

L’impact de la chute des matières premières, c’est tout un pays et tout un peuple qui en subissent les conséquences. Il est impératif de diversifier l’économie et de miser sur un développement économique plus durable, ainsi que sur l’essor d’un tissu économique solide basé sur la création des TPE et PME. Le tourisme représente une opportunité formidable pour la jeunesse de notre pays, laquelle a soif d’entreprendre, pour créer une réelle valeur ajoutée dans l’économie nationale. Pour mon ministère, c’est un challenge difficile, mais exaltant.

Nous avons constaté que les Congolais connaissaient peu le tourisme dans leur pays…

Les Congolais ne sont pas encore de grands consommateurs de tourisme interne, mais nous souhaitons que le développement économique puisse permettre rapidement à tous les citoyens congolais de découvrir l’ensemble de notre beau pays. Maintenant que le programme de municipalisation accélérée nous permet de traverser l’ensemble du Congo par voie routière, il va devenir de plus en plus accessible à chacun.

Quelle stratégie de développement touristique allez-vous adopter ?

Notre équipe a parcouru plus de 7 000 kilomètres à travers le pays et réalisé près de 300 entretiens, tant avec le public que le privé et l’ensemble des acteurs du secteur touristique pour élaborer trois axes principaux. Le premier permettra d’améliorer et de développer les infrastructures et les services touristiques. Le deuxième fera la promotion du secteur aussi bien au niveau national qu’international, en s’orientant vers un tourisme vert. Enfin, le troisième axe améliorera le cadre législatif congolais et permettra la mise en place de mécanismes de financement adéquats.

Comment inciter les touristes à venir ?

Il va falloir dans un premier temps que nous assouplissions les barrières à l’entrée. Il est de notre ressort de trouver des solutions pour faciliter l’octroi du visa, et des travaux sont en court pour permettre son obtention à l’arrivée aux postes de frontières. A l’heure actuelle, où la tendance est aux produits touristiques dits « composés », où il s’agit de groupement de destinations comme en Afrique de l’Est, nous devons aussi travailler avec nos pays voisins pour mettre en place un visa commun et faciliter le développement de flux touristiques.

Il nous faut fournir un produit touristique d’un bon rapport qualité-prix, avec une réelle valeur ajoutée, et rendre la destination attractive en développant également les loisirs. 

Quel est l’état des lieux du secteur hôtelier au Congo ?

Le secteur hôtelier doit impérativement se restructurer, afin de devenir à la fois attractif et compétitif sur le marché international. Il est de notre responsabilité mutuelle – public comme privé – de travailler ensemble afin que les hôteliers soient en mesure de réaliser les investissements d’amélioration nécessaires sans mettre en péril leur survie économique. Ces dernières années, Brazzaville s’est dotée d’hôtels de grandes marques. Il est important de comprendre l’effet de levier que cela représente. C’est un signe de confiance des investisseurs étrangers et cela permet de tirer le niveau qualitatif de l’offre hôtelière vers le haut, mais c’est également une source de visibilité pour attirer de nouveaux investisseurs internationaux.

Qu’avez-vous prévu pour les artisans du Congo qui éprouvent de réelles difficultés économiques ?

Les artisans du Congo forment un maillon essentiel dans la chaîne de valeur du secteur touristique. Lorsqu’un visiteur découvre un pays, la manière de matérialiser un voyage, c’est d’emporter avec lui un souvenir, et notamment de l’artisanat. En ce sens, il est important de miser sur ce secteur qui, en contribuant activement au développement touristique, est source de création d’emplois et de transmission de notre culture.

Le marché de Noël de Brazzaville est ainsi une nouvelle action qui nous permet de mettre en lumière l’artisanat du Congo. Maintenant, il nous faut travailler sur un renforcement plus durable et moins périodique de notre patrimoine artisanal, et ce sur l’ensemble du territoire. Chaque objet évoque un souvenir lié à un lieu.

Quelles formations en tourisme existent au Congo ?

Il existe une offre de formation hôtelière et touristique au Congo, mais elle est évidemment insuffisante. Des formations dans le management existent mais elles sont encore trop loin de la réalité pratique du terrain. Les métiers de l’hôtellerie sont très populaires, mais le tourisme est si vaste qu’il est essentiel de diversifier l’offre de formation, je pense ici aux guides touristiques, mais également dans le domaine du transport, de l’accueil, de la restauration, des loisirs, de l’artisanat… Rappelons que le tourisme, c’est un emploi sur onze dans le monde, si l’on transposait cela au Congo, ça voudrait dire que près de 400 000 Congolais vivraient du tourisme, contre moins de la moitié actuellement.

Quels sont les sites touristiques les plus visités actuellement ?

En termes de sites, les cataractes de Brazzaville, les chutes de Loufoulakari, la plage de Pointe-Noire, la baie de Loango et la route des esclaves, les gorges de Diosso, sont déjà parmi les plus fréquentés.

En termes de grande nature, pour une destination qui se veut écotouristique, le parc le plus connu est celui d’Odzala, réputé internationalement. Si ce parc attire des touristes internationaux, celui de Konkouati et la réserve de Lésio-Luna/Léfini, de par leur proximité des deux principales villes du pays, sont des espaces propices à une destination week-end. Les efforts fournis actuellement par les organisations Wildlife Conservancy Society et Aspinal dans ces deux cas de figures sont louables et de grande importance. Il nous revient de trouver les bons partenaires pour optimiser intelligemment l’attrait touristique les rendant plus accessibles, tout en respectant l’environnement, en préservant les cultures locales et en favorisant l’emploi de proximité. D’autres parcs, tels que Nouabalé-Ndoki, au nord, et Pikounda, attendent également d’être mis en conformation touristique.

 

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