« Nous voulons faire émerger des champions régionaux »

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Même costume, même cravate. Il n’y a pas une feuille de papier à cigarettes entre Régis Matondo et Loïc Mackosso. Des frères d’armes au bureau, également beaux-frères par alliance. Ils dirigent une société de conseil à Brazzaville, Aries investissement. Aries, comme le bélier, « l’animal  audacieux qui casse les barrières », sourit Loïc Mackosso. Les deux associés s’apprêtent justement à en franchir une : ils vont lancer, courant 2018, un fonds d’investissement de 35 millions d’euros destinés au PME et aux start-ups. 

Brazzamag : Vous n’allez plus seulement conseiller les entrepreneurs auprès des banques, vous les financerez directement. C’est une étape  Aries…

Loïc Makosso : C’est un changement de métier ! On a vu des projets excellents et rentables passer à la trappe. Les fonds d’investissement nous répondaient : “C’est génial, mais on a déjà un autre projet similaire.” C’est dommage ! Quand on observe le paysage financier, il est monochrome : on a que des banques, de la microfinance, des banques commerciales et de développement. Mais pas de fonds d’investissement congolais, qui propose autre chose que de la dette et qui soit réellement impliqué au niveau local.

Régis Matondo : Notre inspiration, c’est de faire émerger des champions nationaux qui seront ensuite des champions régionaux, au niveau la CEMAC. Les entrepreneurs pensent trop souvent au Congo, mais le championnat est plus vaste ! Kinshasa, par exemple, c’est 18 millions d’habitants, à quinze minutes à peine.  que cela prendra plus de vingt ans, mais au moins, on veut initier le mouvement.

Brazzamag : Quel secteur a le plus grand potentiel de croissance ?

Régis Matondo : Sans hésiter, ce sont les services. Le Congo a beaucoup de matières premières, certes, mais doit développer ses métiers de service. C’est la voie royale, autrement dit ce qui coûte le moins et ce qui peut rapporter le plus.

Loïc Makosso : Au contraire, l’agriculture demande de gros investissements, beaucoup d’infrastructures. C’est la même chose pour l’industrie. Et puis comment se démarquer ?  rapidement être compétitifs à côté du Cameroun ou de la Chine ? C’est difficile.

On peut réussir en dehors du pétrole au Congo, qui représente quand même

40 % du PIB ?

Régis Matondo : Bien sûr ! La diversification est une réalité.

Loïc Makosso : C’est vrai qu’en termes de revenus, l’économie n’est pas encore diversifiée. Mais quand on va  des statistiques, les Congolais occupent tous les secteurs d’activité. Ce qu’on dit  n’est pas théorique : on voit tous les jours des chefs d’entreprise s’investir et développer leur activité en dehors du pétrole. Maintenant il faut des champions, des leaders.

La ne risque-t-elle pas d’empêcher cette émergence ?

Loïc Makosso : Non, au contraire. Les champions de demain sont ceux qui vont émerger pendant cette crise. La crise est une chance, elle nous oblige à nous réinventer, à moins s’appuyer sur les marchés publics, à créer de nouveaux métiers.

Régis Matondo : La crise est une chance. Elle nous permet de faire le tri, de mettre en avant celui qui a envie d’aller chercher des parts de marché. L’entrepreneur, c’est celui qui saute de la falaise et qui parvient à trouver le moyen de fabriquer un planeur avant de toucher le sol. La crise nous contraint à tenir compte de cette réalité entrepreneuriale. Nous sommes très optimistes pour les années à venir.

Est-ce qu’il ne manque pas une culture du business au Congo, qui a longtemps été un pays communiste ?

Loïc Makosso : Disons que c’est une culture qui commence à émerger. Mais elle existe !

Régis Matondo : Ce n’est pas dans les us et coutumes d’accueillir un investisseur extérieur qui amène non seulement de l’argent, mais aussi de l’expertise, qui s’implique dans la gestion de l’entreprise. C’est donc à nous  un effort de pédagogie. A Aries, on organise régulièrement des ateliers par exemple.

Loïc Makosso : C’est là qu’on voit que l’investisseur a également un rôle social. , j’ai été inspiré parce que j’ai lu des portraits de chefs d’entreprise qui ont réussi à la force du poignet, et ça m’a donné envie de faire la même chose. Les jeunes Congolais n’ont pas forcément de modèles de ce genre. Il faut des gens que l’on peut croiser au coin de la rue et qui peuvent susciter des vocations. C’est ce qu’on essaie d’être.

LEURS PARCOURS

Loïc Makosso

Adolescent brazzavillois, il dépense son argent de poche pour acheter des magazines de basket et d’entrepreneurs. Il découvre la vie des capitaines d’industries, et trouve sa vocation. En 2003, il entre dans le monde des fonds d’investissement, et commence à réfléchir à ce modèle pour le Congo. Il s’installe à Brazzaville en 2005, travaille un temps dans le pétrole puis à la Banque de développement des Etats d’Afrique centrale. En 2011, il se lance et fonde sa première société, Aries Investissement.

Régis Matondo

une jeunesse à Limoges et Tarbes, en France, Régis arrive à Paris au début des années 2000. Un temps salarié dans une banque, il démissionne pour lancer sa propre société de conseil, Kinia Consulting. Il est contraint d’arrêter son activité suite au désistement de son principal client. Il songe alors à rebondir au Congo, et appelle Loïc. Ils se rencontrent à Brazzaville « le 23 avril 2015 précisément », raconte Loïc. Régis entre immédiatement à . Les deux associés deviennent complémentaires : Régis tient avec rigueur les cordons de la bourse, Loïc cherche les futurs investissements.

Par Antoine Rolland

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