L’homme qui voulait faire bien manger le Congo

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Depuis le mois de mars, Rodrigue Nzomo Nzogang s’est lancé dans un pari fou : prouver que l’on peut manger vite et bien au Congo. Sur l’avenue Sassou-Nguesso, en face de Paris Luxe, il vend des sandwichs prêts en deux minutes et connectés à partir de critères diététiques. “Brazzamag” a testé pour vous les sandwichs Alcalin Plus. 

« A chaque fois que je commence à parler de diététique à un Congolais, il me dit d’aller me faire voir. » Rodrigue lâche ce constat mi dépité mi amusé, devant l’entrée de son local. « C’est provisoire, en attendant de trouver mieux », s’empresse-t-il de préciser. Il s’est installé dans le hall d’entrée d’un immeuble. A droite des escaliers, Rodrigue a installé son coin cuisine. A gauche, deux bancs pour manger.

Modeste local, pour modeste carte. Seulement quatre choix  : viande hachée aux épinards, poisson aux choux, œuf bouilli à la sauce oignon ou poulet haché aux haricots verts. Le tout fourré dans une demi-baguette :  comptez 500 francs l’unité.  On l’admet volontiers, le sandwich ne paie pas de mine au premier abord. Mais c’est excellent, et surtout sain. Rodrigue se lève tous les jours à 2h30 du matin pour aller au marché Total chercher ses ingrédients. « Que des produits locaux », insiste-t-il.

Un cuisinier autodidacte

Rodrigue n’est pas un cuisinier, c’est un alchimiste. Il mesure chaque plat avec un PH-mètre, une sorte de thermomètre qui lui permet de savoir si la nourriture n’est pas trop acide, ou au contraire trop basique. Sept, c’est le chiffre parfait à atteindre, pour une alimentation parfaitement équilibrée. « La viande, par exemple, est acide, explique-t-il. Il faut donc la rééquilibrer par un légume. »

Il n’a pas commencé cuisinier, mais informaticien, il y a seize ans, à Pointe-Noire. « J’étais tout le temps assis sur une chaise, j’étais devenu obèse ! » Il finit par en tomber malade. Il cherche à tout prix à perdre du poids, par le sport tout d’abord. En vain. « Une fois que je sortais de la salle, j’allais manger des frites avec du poulet. Immédiatement, je reprenais tout ce que j’avais perdu. »

Il se met ensuite au régime, et compense par une boulimie de lecture. Rodrigue engloutit tout ce qu’il trouve sur la diététique. « Quand ma femme cuisinait, j’étais sur son dos, à lui dire : n’ajoute pas de sel, mets plus de légumes… se souvient-il. A un moment, on en a eu tous les deux assez, donc j’ai fait moi-même à manger. »  Ses enfants sont son premier public. Il leur prépare des sandwichs pour leur repas du midi à l’école. Des sandwichs alcalins, bien sûr. De là lui vient l’idée de les commercialiser : il lance sa marque, Alcalin Plus. Il l’envisage comme une étape seulement. Son but ultime est de quitter son local, et d’ouvrir un restaurant bio et végétarien.  « Avec de la nourriture saine, et traditionnelle. »

Un problème de santé publique

Comment vendre des sandwichs alcalins quand la plupart des gens ne connaissent même pas le mot ? « Il faut être patient, faire preuve de beaucoup, beaucoup, de pédagogie », admet Rodrigue. « La culture alimentaire est parfois très faible ; je croise des gens qui n’ont jamais vu de choux, et qui ne savent même pas ce que sont des haricots verts ! »

De la pédagogie, il en a. Rodrigue devient intarissable au sujet de ces recettes, de ses préparations, ou même des propriétés de chaque aliment. Le ton de sa voix baisse, son débit accélère, comme pour révéler les secrets qu’il a lui-même découverts. Au mur, des affiches préviennent des dangers d’une alimentation trop déséquilibrée sur l’organisme.

Il aime rappeler que son obsession est surtout un problème de santé publique. « Si vous mangez mal, au mieux vous serez fatigués en permanence ; au pire vous finirez par contracter des maladies. » Difficile de lui donner tort. Selon une étude de 2016, 10 % de la population congolaise est diabétique…

Par Antoine Rolland

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