Le sac recyclable, quel bilan économique pour sa commercialisation

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Des dizaines de milliers de tonnes de déchets sont produits annuellement dans le pays. Comme environ 35 pays africains, le Congo a pris des mesures draconiennes pour protéger son environnement, parmi lesquelles l’interdiction de l’utilisation des sacs et sachets en plastique.

En effet, depuis le 20 juillet 2011, une loi interdisant : « la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des sacs et sachets en plastiques pour la vente d’aliment, de l’eau et toute autre boisson », est entrée en vigueur. Face à cette mesure, la population congolaise a dû s’adapter aux changements. Elle utilise désormais un autre type d’emballage, néanmoins ce dernier est considéré comme onéreux par certains consommateurs. « Bien sûr que le nouvel emballage coût cher.  Les prix des denrées ne vont qu’augmenter.  Hier on achetait l’emballage à 25F aujourd’hui, il est vendu à 100F», affirme Juvet Mavoungou, consommateur.

©Photo: Ursula Goma

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Difficultés à commercialiser le nouvel emballage

Les sacs en plastiques, autrefois commercialisés à 25F, permettaient aux personnes de toutes les bourses de s’en procurer sans forcément, faire recours à leurs cours de calcul mental.  Aujourd’hui, l’emballage le moins coûteux sur le marché est acheté à 100F, c’est-à-dire, quatre fois plus cher que l’ancien emballage.

Ces emballages sont importés de l’Asie. Sur le marché, on compte plus de 100 importateurs. La concurrence est donc rude. Une situation qui n’est profitable qu’à certains de ces importateurs. C’est le cas par exemple de Vijay Chandiramani, installé au Congo depuis 7 ans. La principale activité de ce commerçant, est la commercialisation des nouveaux emballages. Il gère aussi quelques boutiques d’alimentation et trois boutiques de vente de marchandises en gros dans les environs du grand marché de Pointe-Noire.

ac recyclable

©Photo: Ursula Goma

Malgré la situation géographique de ses boutiques et le nombre important de ses distributeurs, il rencontre des difficultés à écouler son stock. « A l’époque des sacs en plastiques, j’importais trois à quatre conteneurs par an. Mais avec ce nouvel emballage, le coût d’achat est plus cher et le prix de vente réalisé sur le marché n’est pas du tout rentable ». indique ce commerçant.  

« J’ai du mal à réaliser les bonnes recettes comme avant. Au lieu de trois ou quatre conteneurs, je n’importe aujourd’hui, qu’un seul conteneur. Alors que le conteneur compte, à peine, 200 ballons, équivalent à 1000 sacs. Je revends aux distributeurs à 16000F le ballon »

se confie M.Vijay. Au final, il réalise un bénéfice de 3.200.000F par an. Le commerçant poursuit en soulignant que

« Cette  vente ne représente rien pour un commerçant comme moi. Mais que voulez-vous, au moins le Gouvernement a apporté une solution au problème de la pollution. Nous luttons tous contre ce phénomène qui menace notre environnement ».

Vijay Chandiramani n’est pas le seul à faire face à des difficultés pour écouler sa marchandise. David Makaya, un homme dans la trentaine, revendeur des nouveaux emballages, a commencé son activité en 2011 dans le but de subvenir aux besoins de sa famille. Son petit étalage est situé aux alentours du grand marché, en allant vers la grande mosquée. Assis sur sa chaise, il n’a réalisé qu’une seule vente depuis le matin. « Les temps sont durs. Je vendais deux à trois douzaines d’emballage par jour. Une douzaine me coûte 1500F et je revends à 200F par unité. Les bénéfices sont faibles, 600F par douzaine » déclare se revendeur. En effet, depuis la délocalisation du grand marché, vendre plus deux douzaines par jour, « c’est faire un miracle ! » s’exclame David Makaya. Ce dernier constate, également, qu’aujourd’hui,

« même les vendeurs des articles comme les vêtements ont du mal à offrir un emballage de 100F après que le client ait effectué l’achat. Tout simplement parce que l’emballage coûte cher ».

Mieux protéger l’environnement

Pendant que les commerçants se plaignent de la faible rentabilité de leurs activités, les consommateurs, eux, profitent des avantages du nouvel emballage. Pour Jeanne Elenga, « La santé n’a pas de prix ! » confie-t-elle. « De plus, la forme de l’emballage me convient », ajoute-t-elle.

« Avec cet emballage, on se sent plus posé. Il coûte un peu cher par rapport aux emballages précédents, mais je le préfère. La ville est moins polluée. On peut le réutiliser autant de fois que l’on veut », éclaire-t-elle.

Le coût du nouvel emballage est certes cher, mais il pollue moins la ville. La population congolaise, en est consciente ; le Congo produisait 80.000 tonnes de déchets par an depuis près de 25 ans, selon l’association   Développer Autrement le Congo (DAC).

Grace à la nouvelle loi, c’est une autre page de l’histoire environnementale du Congo qui se tourne ; au vu de la quantité des déchets qui était produite et de la pollution engendrée. Ne dit-on pas que «le malheur des uns, fait le bonheur des autres ! ». Si l’instauration des emballages des sacs en plastiques est récusée par les revendeurs, la nature, elle, peut se réjouir.

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