Les fétiches tombent le masque

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Si le masque téké figure sur tous les billets de francs CFA (en bleu, jaune et orange), rares sont les Congolais qui peuvent l’identifier. Les œuvres d’art traditionnel restent en effet méconnues et difficiles à trouver, du fait de leur mauvaise réputation. Alors, magiques les fétiches ?

« Hé, moi j’ai la trouille ! » Telle est la réaction de la majorité des Congolais qui passent les portes de l’Institut français de Pointe-Noire lors d’une exposition d’œuvre d’art congolais. Masques, fétiches et autres statues ont mauvaise presse au pays des Diables rouges. « Ces objets de culte traditionnels sont pourtant notre identité », regrette le conservateur du musée Ma-Loango, Joseph Kimfoko Madoungou.

Car chacun de ces objets avait une fonction et un usage précis (lire page X). « Je pouvais commander un fétiche pour la guérison de ma jambe ou alors une sculpture de maternité pour que ma femme tombe enceinte », explique encore le conservateur.

« Comme un téléphone portable »

Une fois l’objectif atteint, la magie de l’objet s’arrêterait d’elle-même. « Souvent, après avoir servi, l’objet sert aussi de décoration dans le village », tient à préciser Christian Sanga Pamba, antiquaire à Brazzaville.

Certains, à l’instar de Magloire Nzonzi, de la galerie du Bassin du Congo, aiment à jouer avec les peurs du public. « Les miroirs des fétiches sont des réceptacles, de véritables radars et on ne peut plus s’éloigner du regard du sorcier ! » s’amuse-t-il à raconter aux visiteurs de son musée brazzavillois. « N’ayez pas peur, ici, les objets sont déchargés de magie, et si vous les chargez, c’est tant pis pour vous ! C’est comme un téléphone portable… » prétend-il en rigolant.

 « C’est vrai, parfois, certaines pièces sont toujours chargées, admet Christian. « Et là, oui, il faut faire une cérémonie avec le propriétaire de l’œuvre et un féticheur », rappelle celui qui parcourt le pays à la recherche d’objets à vendre. Et ces derniers se font de plus en plus rares. « Il y a trois aspects pour une œuvre : la beauté de la pièce, l’authenticité, c’est-à-dire une pièce qui a été sculptée par un artiste initié de la bonne tribu, et enfin l’ancienneté », explique Christian avec passion. En matière d’ancienneté, difficile de nos jours de trouver des pièces de plus de cinquante ans – et attention aux réseaux de fabrication de copies d’antiquités.

Une culture à expliquer et à transmettre

Suite aux superstitions et à la disparition progressive de l’animisme, ce savoir ne s’est en effet pas transmis. Aujourd’hui, la production et l’usage de ces objets ses sont quasiment arrêtés.  « Le principal problème, c’est l’ignorance. Il faudrait que cette culture figure dans les programmes d’éducation du Congo et que les Congolais se la réapproprient », s’emporte Joseph. Un besoin de transmission et une tension entre tradition et modernité… « L’Eglise a fait beaucoup de mal en diabolisant ces croyances. La peur et le rejet de cet héritage se sont transmis à travers les décennies », ajoute-t-il en soupirant. Un point de vue partagé par Christian : « La superstition autour de ces œuvres s’arrêtera si l’on enseigne leur histoire. Parce qu’il n’y en aura bientôt plus. »

Journaliste : Julie Crenn

Pour voir des œuvres :
Villa Monama (Brazzaville) : 06 672 97 00

Galerie Mak-R-D (Pointe-Noire) : 05 533 84 34.
Mess Gaps (Dolisie) : 05 557 38 16.

La galerie du Bassin du Congo aux Dépêches de Brazzaville

Vendeurs :
Christian Sanga Pamba : 06 671 83 47.
Serge Kibosa Tuana : 05 339 75 22.

Crédits :
Œuvres de la collection Georges Cellier à la Villa Monama.
Explications Christian Sanga Pamba.

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