Le destin de Monique Tchizinga, agricultrice

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« Soba » est un quartier de Djeno, un village situé à près de 60 kilomètres du Cabinda. Il compte environ 150 habitants. Monique Tchizinga, est en CM2 lorsqu’elle quitte Djeno pour s’installer chez sa tante, à Pointe-Noire.

Monique Thisinga de retour du champs

Monique Thisinga de retour du champs

Malheureusement, les choses prennent un tournant inattendu. Monique est en 4ème lorsque sa tante décède. La jeune fille se retrouve ainsi contrainte d’ abandonner ses études pour s’occuper de sa cousine de 3 mois. Avec les études s’envole aussi le rêve de travailler un jour dans la fonction publique.

Très vite, Monique réalise que sans emploi, subvenir aux besoins de sa cousine ne sera pas chose simple. La jeune fille, âgée alors de 20 ans, décide de retourner à Djeno où elle fait la connaissance de Jacques Tchizinga, avec qui elle se marie et a deux enfants.

Le travail de toute une vie

Au village, le mariage ne résout pas les problèmes financiers. La femme doit travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Monique le sait. Elle fait recours au seul héritage qu’elle a reçu de ses parents : ses terres.

La récolte d'arachide

La récolte d’arachide

Tous les jours, sauf le dimanche, elle va dans les champs. Mais avant de s’y rendre, elle doit s’occuper des tâches ménagères. Cela fait près de 45 ans que Monique porte tous les matins sa cuvette sur la tête et parcourt 10 kilomètres en se faufilant entre les herbes pour arriver à sa plantation. Dans cette cuvette se trouve tout son arsenal : la houe, la machette, un bidon d’eau et son petit déjeuner.

Monique Thisinga ramasse les arachides

Monique Thisinga ramasse les arachides

Selon les saisons, elle cultive du maïs, du manioc, des patates douces, les arachides…Pendant la saison de pluie, c’est-à-dire entre octobre et mars, elle plante les arachides. Il faut compter trois mois pour la récolte. N’ayant pas assez des moyens, elle n’achète que 20 à 30 quakers d’arachides (soit 20 à 30 kilos). Un quaker lui coûte entre 700Fcfa et 1000Fcfa. Ce qui lui permet de récolter 80 sceaux de 15 litres qu’elle vend, soit en gros, aux vendeuses du village à 2500Fcfa par sceau, soit au détail. Une récolte lui rapporte à peine 75000Fcfa. Pour elle, c’est une grosse somme puisqu’elle arrive à nourrir sa famille.

L’agricultrice est nostalgique. Elle se souvient encore de la toute première fois où elle a accompagné sa mère au champ.

Nostalgie

«J’avais 5 ans quand j’ai accompagné ma mère pour la toute première fois au champ. A l’époque, on parcourait 20 kilomètres à pied. Ce jour-là, je m’amusais dans un coin pendant que ma mère labourait la terre. Soudain, j’ai vu un serpent. Ne connaissant pas le danger, je l’ai pris dans mes mains. Ma mère horrifiée, m’avait demandé de ne pas crier. Elle s’approcha tout doucement et tua le serpent», raconte-t-elle.

Monique a 54 ans aujourd’hui et n’a plus la vigueur de la jeunesse, mais elle doit continuer de travailler. Elle se fait aider de temps en temps par une amie.

Monique et sa collaboratrice en pleine cueillette d'arachide

Monique et sa collaboratrice en pleine cueillette d’arachide

« Je l’accompagne souvent lors des récoltes. Vous savez, lorsqu’on fait ce genre de travail pendant toute sa vie et que l’on a pas le temps de se reposer, le corps finit par ne plus répondre », explique l’amie de Monique.

« Petit à petit l’oiseau fait son nid ». La quinquagénaire n’a pas eu la chance de faire des longues études mais a réalisé un rêve dont elle n’avait pas rêvé. Elle est aujourd’hui Secrétaire Générale d’une association dans son village. Un poste qu’elle a obtenu grâce à sa persévérance.

Photo: Ursula Goma

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