Laiteries : le Congo tourne autour du pot

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Les laiteries Bayo à Brazzaville et Auguste à Pointe-Noire ont développé l’industrie du yaourt au Congo. Alors qu’elles fêtent toutes deux leurs trente ans cette année, « Brazzamag » est parti à la découverte de ce secteur de l’agroalimentaire en crise.

Les deux entreprises s’appellent bien « laiterie », mais elles ne produisent pas de lait. Uniquement des produits fabriqués à partir de lait en poudre importé (près de 17 000 kilos par an). Une particularité qui s’explique par l’absence d’exploitation de vaches laitières suffisamment conséquente pour approvisionner une filière « lait » dans le pays.

Il faut se rendre dans les quartiers de Massissia et Mbouono, dans le sud de Brazzaville, pour découvrir les deux usines de l’entreprise Bayo. Dans un bâtiment entièrement carrelé de blanc, protections aux pieds et charlotte blanche sur la tête, Maurice Malonga, le responsable qualité, présente la fabrication des yaourts. « Nous mélangeons le lait en poudre, le sucre et l’eau, avant de pasteuriser le tout et d’insérer les ferments lactiques », explique, pédagogue, l’un des 110 employés.

45 000 yaourts par jour

Une fois cette étape terminée, le lait est conditionné et les pots entrent en salle chaude pendant trois heures. « C’est là que le lait coagule, et qu’il devient yaourt », rappelle Maurice, chargé de vérifier l’acidité des yaourts toutes les heures afin de déterminer le bon moment pour les sortir. « C’est cela qui influencera le goût », insiste-t-il. « Après, on les sort de la chambre chaude pour les mettre dans la chambre froide pendant trois jours. » Le changement de température bloque l’activité des ferments et finalise le yaourt qui partira rejoindre les réfrigérateurs des supermarchés. Grâce à sa machine-outil de conditionnement et ses installations modernes, l’usine Bayo peut produire 45 000 yaourts par jour environ. En 2016, l’entreprise a ainsi sorti plus de 7 millions de pots aromatisés ou nature.

Mais pourquoi Bayo ? « Ba est le préfixe du nom du promoteur, M. Bavoueza, et Yo pour la première appellation du yaourt Bayo, Yogo Santé, de 1987 à 1992 », raconte Gilbert Bayeni-Lupey, coordonnateur des départements et services de l’entreprise. C’est d’ailleurs cette même année, en 1992, que la société Bayo prend le nom de « FPLAPA – Laiterie Bayo » pour Fabrique de produits laitiers et alimentaires, de papeterie et assimilés. Car au fil des ans, l’entreprise diversifie ses activités. En 2001, elle se lance dans la vente de lait en poudre en sachet puis de lait caillé. Les jus de fruit (locaux) suivront en 2005, puis le papier en 2007 et enfin l’eau en 2015.

De nombreuses activités qui ne sont pas toujours en production. En février dernier, la section papier était ainsi « en pause » pour défaut de bobine. Et depuis huit mois, un problème d’approvisionnement d’électricité handicape l’usine, obligeant une alternance de production entre le jus et l’eau. Seul le yaourt, véritable mamelle de l’entreprise, maintient le rythme.

« Au compte-gouttes »

Auguste Miakassissa trône au premier étage du siège de son entreprise, en bordure du grand marché de Pointe-Noire. Le capitaine d’industrie de 77 ans raconte son histoire entre fierté et amertume. « J’ai créé un complexe industriel de huit sociétés à Brazzaville en 1975 », annonce-t-il d’emblée. Industrie de la craie, boulangerie, menuiserie, emballage plastique, transport de marchandises, hôtellerie, ses secteurs d’activité sont multiples, et c’est en 1987 qu’il se lance dans la laiterie. Avant de tout perdre pendant la guerre. « Je suis venu reconstruire à Pointe-Noire. Il fallait avoir le goût du risque pour faire du commerce », s’exclame le patriarche qui désormais ne fait que plus que du yaourt et de la pâtisserie.

Son entreprise, d’une capacité de production de 20 000 yaourts par jour, fabrique en fonction de la demande. « Aujourd’hui, le yaourt est entré dans les habitudes de consommation, les enfants en mangent le matin avant d’aller à l’école », s’enthousiasme Auguste Miakassissa. Pourtant, le jour de la visite de Brazzamag, les machines sont à l’arrêt et 15 000 yaourts fabriqués les jours précédents attendent d’être distribués. « Avec la crise, nous produisons au compte-gouttes », explique l’un des 80 employés.
En effet, même son de cloche chez les distributeurs, où les ventes de produits laitiers sont en baisse. Au supermarché Casino de Pointe-Noire, par exemple, les yaourts Bayo s’écoulaient à plus de 6 000 pots par mois en 2015 (aromatisés et nature), alors que les ventes sont désormais autour de 4 000 pots. De quoi rendre les producteurs un peu soupe au lait…

Par  Julie Crenn

 

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