La dot, maître de cérémonie

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Féticheurs, ndoki, voyantes, guérisseurs, tradithérapeutes… La magie, omniprésente revêt différentes formes au Congo. Tradition séculaire, la cérémonie de la dot a toujours cours au Congo, même si elle a beaucoup évolué au fil du temps. A Pointe-Noire, “Brazzamag” a pu assister au grand jour de Patricia et Jean-Marc.

C’est à Pointe-Noire que Patricia, entourée de ses tantes, se prépare pour le grand jour : la cérémonie de sa dot ! Pour être la plus belle de la journée, la jeune femme a fait venir une maquilleuse professionnelle depuis Paris et une coiffeuse de renom. Aujourd’hui, tous les regards seront braqués sur elle.

Il est 14 heures lorsque les invités commencent à s’installer dans la cour de la résidence des parents de la fiancée. Quelque quatre cents personnes sont attendues pour ce jour spécial dans la vie de Patricia et son bien-aimé. De grands chapiteaux blancs ont été dressés dans le patio familial mais aussi à l’extérieur de la maison. Photographes, cameraman… tous sont prêts à capturer les premières images de l’événement.

“Un geste symbolique”

Tandis que la famille de la future mariée se met en place, des applaudissements et des cris de joie annoncent l’arrivée de Jean-Marc, le fiancé de Patricia. Accompagné par son père, sa mère et ses proches, le jeune homme distribue des billets de 10 000 francs CFA à ses futures belles-sœurs qui étendent des pièces de super WAX par terre sur son passage. Animée par des plaisanteries et de la gaieté, la scène dure une dizaine de minutes avant de céder la place au lancement des festivités.

Assis sous une tente en face de celle de ses futurs beaux parents, Jean-Marc et sa famille sont reçus par un nzozi (le porte-parole du jour). C’est le début de la cérémonie.

Très souvent sollicité pour être un entremetteur dans les célébrations de dot, M. Makosso, un sage de Pointe-Noire, explique les origines de la dot :  “A mon époque, la dot était un geste symbolique que la belle-famille demandait à l’homme voulant épouser une fille, parce que ce dernier allait priver le foyer d’une main d’œuvre.” En effet, dans les sociétés primitives, tandis que les hommes étaient à la chasse ou à la pêche, les femmes participaient à l’entretien des champs, aux soins et à la garde des animaux…

Inspecteur dans une société d’audit, Franck Oussoungou affirme : “Au temps de nos ancêtres, les enfants représentaient une source de richesse, en particulier la femme. Un homme célibataire était alors considéré comme un pauvre ou sans valeur ! On lui interdisait même d’assister à certaines réunions du village.” Par conséquent, le garçon souhaitant se marier devait en quelque sorte offrir une compensation à sa future belle-famille en échange de sa dulcinée. Un sac de sel (très précieux à cette période), une dame-jeanne de vin de palme et un coq suffisaient pour faire honneur à l’éducation que les beaux-parents avaient inculquée à leur fille.

Les jeunes gens n’ayant pas la possibilité d’apporter les différents présents mettaient leurs capacités physiques au service de la famille de la conjointe. Comme dans l’histoire de Jacob dans la Bible ayant travaillé pendant quatorze ans chez son beau-père Laban pour pouvoir obtenir la main de Rachel, la femme qu’il aimait.

“Listes inqualifiables”

Comme tous les pays, le Congo est composé de régions et de départements. On y compte trois ethnies principales : les Kongos*,  les Mbochis ** et les Tékés***. Par conséquent, les procédures pour le mariage diffèrent selon chaque canton. “Chez nous, au nord, l’enfant appartient à la famille du père. C’est pourquoi le candidat d’une jeune fille sollicite d’abord son futur beau-père. Ce dernier informe ensuite le frère de sa femme, considéré comme le chef de famille du côté maternel ”, expose Franck Oussoungou. Ainsi, après que les deux familles (celle du papa et de la maman de la future fiancée) se sont mises d’accord, le papa convoque le petit-ami de sa fille. Ensemble, ils conviennent d’une date éventuelle pour officialiser les fiançailles puis viendra la dot. Le fiancé recevra une liste de certaines choses en nature et la somme de l’argent qu’il devra apporter le jour “J”.

“Lorsque nos pères allaient épouser nos mamans, il n’y avait pas une affaire de liste pour la dot. Savaient-ils même écrire à ce moment-là pour rédiger l’inventaire de ce que le beau-fils devait emmener ?” s’interroge Clovis Makosso en ajoutant : “ C’est dans vos générations qu’on entend maintenant parler de liste de dot et d’argent. Certains parents font des listes inqualifiables. Ils veulent tirer profit de cette tradition noble avec des exigences parfois basées sur le statut social de l’admirateur de leur fille…”

Première fille d’un haut cadre congolais issu du nord, Patricia s’apprête à bientôt sortir de sa chambre pour rejoindre les festivités. Deux heures déjà se sont écoulées pendant que les deux familles, par l’intermédiaire de leur nzozi réciproque, procédaient à l’échange des biens :  un costume pour le père, des pagnes pour la maman (mais aussi pour les tantes de Patricia), des lampes lucioles…

Descendant du sud, “Papi Makosso”, le savant ponténégrin, évoque la façon dont le mariage est orchestré chez les Laris. “ Il y a trois étapes à suivre lorsqu’on veut épouser une femme. D’abord, il y a le premier vin (aussi appelé phase de renseignement) : le jeune homme se rapproche de sa future belle-famille pour savoir si la fille qu’il veut mettre dans sa maison est célibataire. Puis vient le deuxième vin (kaka lumpaku en lingala et en lari ). Ici, le garçon, accompagné de ses proches (a priori son père et sa mère), se présente chez les parents de sa copine avec quelques cadeaux. La demoiselle est alors fiancée et ne peut plus accepter d’être courtisée par un inconnu. Pour finir arrive la cérémonie de la dot donnant droit au monsieur de repartir avec sa promise.” Lors de cette étape, une deuxième remise de présents est faite.

“En guise de mon amour”

Dans la cour de la propriété des parents de Patricia — située à quelques pas du centre-ville —, une douce mélodie retentit. Sur un chant de zouk interprété par l’une de ses amies d’enfance, Pat (comme la surnomme son entourage) fait son entrée. Vêtue d’une longue robe rose avec une traîne, la trentenaire est suivie par ses sœurs toutes habillées d’un uniforme en pagne. La jeune femme défile dans l’allée qui sépare sa famille de celle de son futur époux, avant d’aller à l’extérieur de la maison saluer les danseurs traditionnels venus du village pour l’occasion. Pendant ce temps, le maître de cérémonie présente les sœurs de la future mariée à l’assemblée : “Elles sont célibataires, s’il y a une personne qui est intéressée qu’elle se fasse connaître ”, lance-t-il avec humour.

A Brazzaville comme à Pointe-Noire, le montant de la dot est limité à 50 000 francs CFA, selon le code de la famille congolaise. Lors du mariage civil, le maire ou son représentant demande aux parents de la future mariée s’ils ont bien reçu cette somme avant de les déclarer officiellement monsieur et madame Untel. Car le jour de la dot, le père de la future épouse a le dernier mot. “Papa, je te donne cette boisson en guise de mon amour pour Jean-Marc, accepte-la en la buvant s’il te plaît”, affirme Pat d’une voix douce. Agenouillée devant son père, celle-ci lui tend un verre de jus qu’il accepte. Les deux jeunes reçoivent aussitôt la bénédiction paternelle.

PAS UNE VENTE AUX ENCHERES

Au Congo, où le salaire minimum s’élève à 50 000 francs CFA, plusieurs hommes manquent de ressources financières pour honorer leur femme. Sur cinq couples, trois optent pour le “tokobe” (en kongo) ou le “yaka to vanda” (en lingala), le concubinage en français. “Certaines familles font payer la dot chère sous prétexte qu’elles ont financé des études à leur enfant ou l’ont envoyée à l’étranger… Mais ce qu’elles oublient, c’est que tout parent a l’obligation de donner une éducation, de la nourriture et un toit à celui ou celle qu’il met au monde !” expose M. Oussoungou d’un ton sévère avant de compléter : “ La dot n’est pas une vente aux enchères car la femme n’est pas une marchandise !

Le saviez-vous ?

Tandis qu’en Inde, c’est la femme qui paie la dot pour celui qu’elle aime. A quelques kilomètres du Congo, au Nigeria, la dot permet à la demoiselle de porter le nom de son compagnon. Une fois que les deux familles ont fini de célébrer le mariage traditionnel, le couple doit se rendre au tribunal pour faire valider leur union et échanger les alliances.

* vivent dans sud du Congo

** habitent dans la Cuvette et le Nord du pays

***occupent le centre du pays dans la région des plateaux au Nord de Brazzaville

Par Sylverène Ebélébé

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