La dame de cœur du Congo

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Stefania Guida, femme d’affaires sicilienne, a été professeure d’anglais et agente immobilière avant de devenir entrepreneuse dans plusieurs secteurs d’activité au Congo. Africaniste dans l’âme, elle vit à Pointe-Noire depuis 2009.

A la voir en cette après-midi de décembre si élégante et impeccable dans sa robe marine, on ne peut s’empêcher de lui poser une question bateau : comment fait-elle ? Et puis un doute nous frappe, alors on décide de remballer notre interrogation et on passe à des questions plus sérieuses, histoire de faire connaissance avec cette Sicilienne aux yeux qui pétillent.

Rien ne présageait que Stefania Guida atterrirait sur le continent, mais, comme la majorité des femmes d’expatriés, elle a suivi son compagnon, Andréa. Au Nigeria en 2004, puis au Congo en 2009.  C’est sans trop réfléchir et malgré la réticence de ses parents à voir leur fille partir à plus de 6 000 kilomètres qu’elle embarque pour l’aventure. « Dès qu’il s’est agi d’Afrique, j’ai tout quitté. Je ne sais pas pourquoi, l’Afrique a toujours été mon rêve. La première fois que je suis sortie de l’avion, je me suis dit que c’était sur ce continent que je voulais vivre », revit-elle de sa gestuelle très vive.

100% made in Congo

En arrivant à Pointe-Noire, Stefania parlait très mal français. Un jour, alors qu’elle discute de ses perspectives d’emploi au Congo, une proposition lui tombe du ciel. « Un monsieur s’est approché de moi et m’a proposé d’être sa directrice commerciale. Il avait sans doute entendu une partie de ma conversation au café. » Elle, convaincue que « le Congo est une terre d’opportunités », ne rêve que d’un travail qui procure du plaisir. « Je ne voulais pas avoir des horaires administratifs. Je voulais m’épanouir en faisant quelque chose que j’aime vraiment et être libre de gérer mon emploi du temps. » L’homme rencontré au café deviendra ainsi son employeur chez Fast Express, une compagnie de location de voitures et d’engins ainsi que de construction. Quelques années plus tard, ils s’associent à hauteur de 50% dans cette compagnie, puis dans un pressing.

Cette Italienne charismatique n’a pas froid aux yeux, malgré la conjoncture économique. Au premier trimestre 2017, elle lance une nouvelle marque d’eau de Javel (le produit ménagé le plus prisé au pays) 100% made in Congo, « du bidon jusqu’au produit, tout est fabriqué ici », explique-t-elle fièrement.

Quand on l’entend parler de son accent tonique, elle donne l’impression que rien ne peut l’arrêter Cette énergie et cette ambition, Stefania les doit à sa mère : « Elle est mon modèle. J’ai commencé avec elle dans l’immobilier en Italie, elle m’a tout appris »

« Je veux encourager les jeunes »

Stefania fait partie de ces rares expatriés qui se font un devoir de développer le pays en offrant de l’emploi à tous ceux qu’elle croise, ou presque. Il suffit de passer devant le pressing situé à quelques mètres de la pâtisserie Citronnelle pour le constater. A sa demande, des jeunes hommes habituellement errant dans les rues de Pointe-Noire lavent toutes les voitures garées dans le coin. En échange, elle leur assure au moins deux repas par jour. « Je veux encourager les jeunes à travailler, à devenir autonome, on ne peut pas gagner sa vie juste en mendiant dans la rue, explique-t-elle. Je me réalise quand j’aide les jeunes. Nous ne devons pas oublier que nous sommes dans leur pays avant tout. Je veux investir pour eux. L’Afrique m’a permis de m’accomplir. Je lui dois beaucoup. »

Les journées de Stefania sont rythmées pas une passion : les animaux. Ainsi, elle se prépare à ouvrir une animalerie au cœur de la ville océane. Un projet qui lui tient particulièrement à cœur, car elle souhaite reverser un pourcentage mensuel des ventes à des orphelinats congolais.

Un pressing, une usine d’eau de javel, et bientôt une animalerie, Stefania se sent profondément bien au Congo. Si son mari devait partir pour un autre pays, elle resterait ici. « Je finirai ma vie ici, je ne bouge pas d’ici, notre maison est ici », revendique-t-elle avec assurance.

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