Développement : pourquoi l’Afrique francophone est encore à la traîne sur le continent (et comment ça peut changer) ?

0

À l’heure actuelle encore il faut l’avouer, toutes les conditions ne sont pas réunies pour le décollage de l’activité économique en Afrique Centrale Francophone (ACF). Instabilité des régimes, lenteur (voir vide) administratif, mais aussi et surtout état d’esprit général peu propice aux affaires, les pays de la sous-région, souffrent souvent des mêmes maux et d’un retard qu’ils peinent combler face aux pays voisins du continent, plus avancés sur ces questions.

Comment expliquer ces différences ? De quelle manière les pays de l’ACF arriveront à combler leur retard ? 

L’entrepreneuriat pas assez développé et valorisé

L’entrepreneuriat est parmi d’autres, l’une des armes anti-chômage les plus certaines de l’Afrique, en particulier contre celui qui touche les jeunes populations du continent.

Cette culture de l’entreprenariat est assez peu répandue en Afrique Centrale Francophone (ACF) et souffre d’un déficit criant face aux pays d’Afrique anglophone, dont les populations baignent généralement dès leur plus jeune âge dans cette mentalité. L’une des raisons pourrait s’expliquer par le fait que les carrières en entreprise ou en administration, les études dites « classiques », sont perçues comme plus nobles et de fait sont beaucoup plus valorisées par le cercle familial que la création d’entreprise.

Ghislain, jeune diplômé en droit congolais depuis plusieurs mois en recherche d’un emploi à Brazzaville et rencontré dans le cadre de cet article, nous a confié : « j’ai toujours rêvé d’être mon propre patron et je me serais lancé dans l’entrepreneuriat après mes études si ça ne dépendait que de moi. Monter son affaire au Congo me parait très difficile et mon entourage ne m’a poussé dans cette voie. Ils préféreraient me voir devenir un grand cadre ».

Prendre des risques, investir pour ensuite récolter, faire confiance à d’autres pour s’associer, capitaliser sur ses compétences pour créer, toutes ces notions font trop souvent défaut en ACF et ne permettent pas d’exploiter les nombreux potentiels locaux, comme ceux de la diaspora et ce même lorsque l’ascenseur de l’emploi « traditionnel » (poste de bureau) tombe en panne ou s’avère réservé à des cercles d’élites.

→ L’entrepreneuriat représente donc une piste de développement sérieuse, qu’il faudrait promouvoir, favoriser et encadrer pour booster l’activité économique globale de la sous-région.

La culture de l’assistanat très profondément ancrée dans les mœurs

La culture de l’assistanat reste encore trop ancrée en ACF. C’est cette culture qui pousse les individus à beaucoup attendre de l’État ou de l’occident (soutien des familles à l’étranger), même dans les plus petites choses du quotidien.

En effet, on constate que souvent en ACF, l’État à tendance à « gérer et intervenir à chaque niveau », quand chez nos voisins africains l’initiative individuelle est plus favorisée. Les héritages des différentes colonisations (française & belges vs britannique) tendent à persister certes, mais nous aurions tort de les intégrer comme une fatalité.

Les potentiels créateurs d’entreprises, les porteurs de projet, ou les jeunes diplômés formés localement ou à l’international, peinent encore à réaliser qu’ils pourraient tourner la connaissance du terrain local à leur avantage pour lancer une activité (voir l’article comment démarrer son activité sans capital).

→ Bien sûr, il ne faut pas nier les réalités du terrain et la difficulté de la vie quotidienne des chercheurs d’emploi en Afrique, qui sont très dures à vivre. Il faut néanmoins réfléchir aux moyens de dépasser ces différents obstacles et en somme pouvoir se dire que mon idée peut changer ma vie et celles des autres autour de moi.

Une lourdeur administrative pesante

La création en 1997 de l’Organisation pour l’Harmonisation du droit des Affaire en Afrique (OHADA), a amélioré une situation administrative catastrophique, en édictant un droit uniforme, applicable directement dans les 17 pays membres (Bénin, Cameroun, Congo, Gabon, République Démocratique du Congo, Togo entre autres).

Toutefois, la création de l’OHADA n’a pas pu à elle seule régler tous les problèmes internes liés à la lenteur administrative des pays membres. Il est beaucoup plus simple de créer une entreprise et de s’associer dans les pays anglophones, à l’inverse des pays francophones où les démarches sont à la fois plus longues et plus compliquées, c’est un fait (voir le classement doing business in Africa 2015).

Ces lourdeurs peuvent expliquer le découragement de certains potentiels créateurs d’entreprises, ainsi qu’une certaine culture des business « informels » (familiaux, entre amis ou non déclarés), qui sont certes plus simples à mettre en place, mais souvent à plus petit échelle et donc moins créateurs de valeurs pour les pays.

Marie, d’origine congolaise est cadre supérieure en finance d’entreprise dans un grand groupe industriel au Gabon. Elle souhaiterait investir dans son pays d’origine et créer une entreprise à côté de son travail actuel. Elle nous confie avoir été : « un peu surprise par la lenteur des démarches pour créer une entreprise au Congo. Il faut choisir le bon statut, se rapprocher d’un notaire, attendre les validations et tout ceci prend beaucoup de temps et d’énergie, alors même que je me déplace souvent sur place et que mes moyens me permettent d’investir ».

→ Les États concernés gagneraient donc à favoriser des démarches plus rapides et moins coûteuses pour la création d’entreprise. Certaines initiatives ont déjà été mises en place (comme au Congo par exemple), même si le chemin reste encore très long.

Des candidats peu préparés et pas toujours au niveau des exigences de l’entreprise

L’Afrique et sa diaspora regorgent de talents affirmés, ainsi que de hauts potentiels prêts à s’exprimer et à apporter leurs pierres à la marche du continent.

Cependant, force est de constater que pour des raisons diverses (qualité de l’enseignement local, manque d’opportunités locales, peu de recul sur les différents codes à adopter en entreprise etc), les candidats ne sont pas toujours au niveau de qualité et de rigueur attendu par les entreprises.

Ainsi, beaucoup d’entre eux, souvent les plus jeunes (mais pas seulement), arrivent peu préparés, faisant preuve d’un manque de curiosité et surtout d’un trop grand manque de dynamisme, en entreprise et pire encore, dans le cadre de leur recherche d’emploi. De nouveaux réflexes sont à adopter, pour améliorer cette situation (voir l’article comment obtenir plus de réponses lors de sa recherche d’emploi).

Ces différences culturelles sont d’autant plus criantes lorsqu’elles sont mises face aux populations anglophones, faisant plus souvent preuve de dynamisme, de curiosité intellectuelle, de combativité et de « goût du risque » entrepreneurial, quels que soient les moyens des porteurs de projets potentiels.

→ De nombreux exemples nous montrent régulièrement qu’il est possible d’entreprendre et de réussir sa carrière en ACF (Cyriaque Ovaga, Marvet Mbani, Alexia Felrine ou le champion congolais Vérone Mankou par exemple). Avec détermination, le succès est à portée de main.

Les raisons d’espérer

  • Rôle de la diaspora

La diaspora africaine d’Europe ou d’ailleurs, a un véritable rôle à jouer dans le développement du continent. De par l’expérience internationale de ses membres  et les créations d’entreprises qui pourraient découler de partenariats avec les locaux, ils peuvent grandement contribuer à l’innovation, à la croissance de la production et au développement de leur pays d’origine.

Selon Gibril Faal, président d’AFFORD, (Fondation africaine pour le développement, créée par des Africains installés au Royaume-Uni) : « Les entreprises ouvertes par la diaspora ont souvent, vu le capital investi, la taille d’une PME et permettent, contrairement aux microentreprises, la création directe de 5 à 20 emplois. De plus, en achetant leurs fournitures sur place et en utilisant les chaînes d’approvisionnement locales, elles aident d’autres entreprises à sauvegarder leurs emplois et à en créer de nouveaux. Grâce à leur esprit d’innovation et au transfert de technologie, elles permettent aussi de créer des postes de plus haut niveau ».

L’impact peut donc être significatif, pour le bien de l’Afrique. (voir l’interview suivante pour plus de détails).

  • Investir dans les jeunes populations

En 2040, l’Afrique comptera deux milliards d’habitants, dont la majeure partie sera très jeune et représentera 40% de la jeunesse mondiale.

Investir dans la jeunesse africaine, c’est donc faire un pari sur le développement du continent. Un pari qui a toutes les chances de s’avérer payant, tant cette jeunesse a de l’énergie et des idées à revendre. La libérer en lui donnant les moyens de se développer constituera un véritable moteur de la future prospérité africaine.

Nous avons déjà pu aborder le sujet des pistes à étudier pour démarrer son activité sans capital, en investissant sur les besoins constatés des populations. En choisissant bien ses associés, les lancements d’activité possibles sont à portée de main, et ce d’autant plus en ACF, où beaucoup de choses restent à faire.

  • Changement de mentalité en marche

Contrairement à certaines idées reçues, l’Afrique progresse et évolue dans le bon sens. Le continent et notamment ses jeunes générations, est plus que tout autre ouvert sur le monde, grâce notamment au développement des nouvelles technologies (70% des africains possèdent un téléphone mobile, et l’utilisent notamment pour la navigation sur internet).

En étant toujours plus ouverts sur le monde et ses richesses, culturelles et économiques et donc également sur les différents exemples de réussites dans le monde entier, les jeunes africains de la zone ACF, sont prêt pour le changement de mentalité et surtout demandeurs de nouveaux modèles économiques et de nouvelles perspectives d’emplois et de projets.

Prêt à prendre leur destin en main en somme.

Bon courage !

 

 

Share.

Comments are closed.