Influence Media : L’Afrique reprend son image en main

0

Spécialiste des médias et des nouvelles technologies, fondateur et dirigeant de la compagnie Azoy Studio, société de prestations et de conseil, dont le siège est en France. Il possède vingt ans d’expérience dans le secteur. Il a développé de nombreux projets de chaînes TV et projets innovants dans plusieurs pays, notamment en Afrique et récemment au Congo Brazzaville avec le lancement d’Africanews. Il nous fait partager à travers une chronique intitulée Influence Média sa vision et son expérience du secteur audiovisuel et des nouvelles technologies. Sa connaissance de l’Afrique et du Congo Brazzaville nous donne une perspective locale dans un secteur en constante mutation, aux enjeux forts pour notre continent et notre pays. ‘’Brazzamag’’ offre avec cette chronique une fenêtre sur les coulisses des médias. 

L’Afrique reprend en main son image

Fini le monopole américain ! Depuis peu, des banques d’images africaines ont repris en main le juteux secteur de l’illustration. Désormais, ce sont des vidéastes et des photographes locaux qui représenteront leurs pays.

Nous voici à nouveau réunis pour un numéro des plus intéressants. Quel plaisir de découvrir ces figures qui font les entreprises et le dynamisme du Congo. De mon côté, je vais aussi vous faire découvrir des figures, et plus que cela, des paysages, des lieux, des ambiances. Du côté face mais aussi du côté pile, comme toujours dans cette chronique, je vous invite à découvrir l’envers du décor, le « back-stage » des médias.

Dans ce numéro, je vais vous présenter une activité qui dépasse la télévision, la radio, et même Internet. Une activité que vous voyez tous les jours, dans les magazines, les publicités, dans les rues et sur les panneaux publicitaires…

Vous croisez des publicités illustrées d’images, un enfant regardant le ciel, un homme d’affaires avec son téléphone dans les mains, un paysage de côte ou de forêt… toutes ces images accompagnées de slogans « Votre enfant a besoin de grandir avec le yaourt untel », « Connectez-vous plus vite, plus fort », « Partez découvrir l’Afrique de l’Ouest »….

Par exemple, sur le dernier site internet que vous avez consulté, vous avez vu une secrétaire assise à son bureau ou le marché d’une grande ville d’Afrique centrale pour illustrer une société de production de fruits et légumes. Ces images qui envahissent nos écrans, nos magazines et nos rues, d’où viennent-elles ? Comment sont-elles produites ?

Enfant, policier, sportif…

Elles sont pour la plupart achetées à des fournisseurs qui disposent de « banques d’images ». Ce business fleurit en même temps que la croissance de la communication tous supports et surtout depuis l’émergence d’Internet et du haut débit. Car ces images (ou même vidéos d’illustration) s’achètent et se téléchargent sur Internet. Des sites spécialisées (Fotolia, Gettyimages, Stocklib…) les mettent à disposition et les vendent. Elles sont vendues dans le cadre d’un contrat d’utilisation limité à l’usage du client qui ne peut les revendre ensuite (statut de l’image « libre de droit »).

Je précise que certains utilisateurs, agences, magazines… n’utilisent pas ce type d’images et font « shooter » ou tourner des images spécifiques pour leur besoin. Cependant le choix est économique car un shooting photo peut coûter quelques centaines de milliers de francs CFA, alors que l’achat d’image à des banques d’images coûtera environ 5 000 franc CFA. En effet, lorsque l’éditeur a les moyens, il fait souvent le choix esthétique et éditorial d’un contenu exclusif à son édition.

Les images vendues par les banques d’images sont rangées en fonction du besoin du client : activité économique (agriculture, bâtiment, éducation…), lieu (gare, marché, aéroport…), personnage (enfant, policier, sportif…) pour ne citer que certains thèmes.

Cette activité est intéressante car elle facilite le travail des sociétés, des agences de communication et de publicité, mais aussi des particuliers qui veulent illustrer une présentation sur leur site Web, leur plaquette…

Formidable dynamique

Mais au-delà de cet intérêt pratique, cette activité soulève à nouveau un thème qui nous est cher, la problématique de la création de contenus purement africains. Et oui ! Posons-nous la question de savoir si l’enfant, le professionnel ou le paysage sont bien d’origine africaine ? Parle-t-on des réalités de l’Afrique avec des images d’Afrique ? Ce n’était pas le cas, mais heureusement, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, l’Afrique avance. Des entrepreneurs, qu’ils soient africains ou hors du continent, ont depuis quelques années compris l’intérêt et le besoin de fournir des images adaptées au marché africain.

Jusqu’à présent, les illustrations de personnes, de situations ou même de lieux provenaient souvent des Etats-Unis. Mais comme chacun sait, ni les Afro-Américains ni les lieux de vie américains ne correspondent à l’environnement africain. Des entrepreneurs (Yellenpix, Afropx…) ont donc constitué des banques d’image purement africaines pour apporter une solution aux besoins du marché.

Ce point est particulièrement intéressant car la demande de contenu purement africain, et si possible spécialisé par pays et par zone, créé une formidable dynamique de production et de soutien, voire de création de producteurs d’images. Les photographes, les vidéastes… ont dorénavant un débouché pour leur contenu.

Comme vous le constatez, ce secteur contribue à l’alimentation d’un secteur d’activité créatif, d’un secteur média. Ce développement doit être poussé et développé car il apportera des revenus à des acteurs, des prestataires individuels qui en ont besoin et qui pourront vivre ou envisager de vivre avec leur savoir-faire.

Il faut noter l’excellente initiative de la société Afropx dans ce sens. En effet, cette société (lire ci-dessous) a décidé de faire confiance à des talents locaux dans plusieurs pays d’Afrique et de leur demander de devenir « contributeurs » de leur plateforme. Cette façon de faire permet de créer des contenus adaptés à chaque pays, secteur d’activité et de développer une base de professionnels africains et leurs revenus.

Encart : Afropx, une initiative pour le développement de la créativité artistique africaine

La société Afropx est une initiative qui part du Sénégal, et qui possède dorénavant une équipe au Congo Brazzaville. Ils s’appuient sur des « contributeurs », photographes, cameraman… dans plusieurs pays d’Afrique pour créer des images locales. Ils coopèrent avec ces producteurs par un échange, un dialogue qui permet de comprendre le besoin du client et offre une plateforme d’accès au marché, et à la société d’obtenir des contenus de terrain, des contenus réellement localisés. Ainsi Afropx répond à la problématique de « la difficulté d’accès aux contenus locaux ». C’est aussi une œuvre de développement et de coopération indispensable aux développements du savoir-faire africain local

[email protected] / www.afropx.com

Vous pouvez écrire à [email protected]

Par Michael Ohayon

Share.

Comments are closed.