Entretien: MOKÉ, un panaché de court-métrages à Pointe-Noire

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Le réalisateur Congolais et directeur de la fondation Bassango, Wilfrid Massamba, organise du 2 au 6 août à Pointe-Noire la première édition du Moké Film Festival. À travers ce festival, W. Massamba souhaite établir un échange interculturel entre les réalisateurs Congolais et les réalisateurs étrangers. L’homme à la double casquette  dévoile dans cette interview les raisons de la création de ce  festival et les raisons de son déroulement à Pointe-Noire, la ville océane.

BM : Pourquoi avoir choisi l’appellation  “Moké” ?

WM: Moké veut dire petit ou court, comme courtmétrage. Les productions que nous choisirons seront des travaux de moins de 30 minutes. Réaliser un long métrage est très coûteux. Il est beaucoup facile de débuter avec un court. A la télévision, on diffuse énormément des films courts d’une minute par exemple, parce qu’un film d’une minute aura plus d’impact sur le téléspectateur qu’un film de 30 minutes.

Brazzamag: Comment vous ai est venue l’idée du festival Moké ?

Wilfrid Massamba: J’ai commencé par la musique et j’ai toujours eu envie d’organiser un festival pour le cinéma. Pourquoi Pointe-Noire ? Parce que c’est une ville cosmopolite, portuaire et très ouverte sur le monde. Pour nous, c’était naturel après avoir organisé un festival de musique, de s’orienter vers un festival de cinéma, pour donner la possibilité aux réalisateurs congolais de pouvoir montrer leurs productions et aux réalisateurs étrangers de connaître le Congo et ses talents.

BM: Quels sont les objectifs de ce festival ?

WM: L’objectif est de mettre en avant la production congolaise pour que les réalisations puissent se vendre à l’étranger via notre plateforme et idéalement, participer à d’autres festivals à l’échelle internationale.  

Affiche festival Moké

Affiche festival Moké

BM: Quels genres de films avez-vous prévu de projeter ?

WM: Nous sommes ouverts à tous les genres de créations. Il y aura des documentaires, de la fiction, de l’animation… Nous ne cherchons pas à sélectionner. Nous sommes preneurs de tout produit cinématographique congolais. Nous allons donc recevoir des réalisateurs étrangers, par exemple de la diaspora de la RDC et du Congo Brazzavillei pour permettre en même temps  aux  réalisateurs congolais de découvrir les oeuvres étrangères. Une interaction entre producteurs, réalisateurs et actants de l’industrie cinématographique de différents pays.

BM: Que pensez-vous des “50 ans du cinéma congolais” célébré l’année dernière ?

WM: Le cinéma congolais des années 1970 a vu de bons réalisateurs, mais nous sommes restés au stade embryonnaire. Il faut donner un coup de pouce au cinéma et  encourager les nouveaux réalisateurs, leur permettre de diffuser leurs oeuvres à la télévision, leur procurer des financements….Nous avons aussi décidé d’organiser ce festival ici parce qu’il y a une salle de cinéma ouverte à Pointe-Noire, une belle salle de 150 places. Pourquoi ne pas permettre aux réalisateurs congolais de voir leurs films projetés dans une vraie salle de cinéma  ?

Les 50 ans du cinéma congolais ont permis à notre cinéma local d’exister. Néanmoins, ce dernier n’a pas beaucoup évolué. Concrètement, il n’y a rien eu de nouveau. Au niveau international, les films congolais ne sont pas très populaires, à l’exception de quelques uns. Il faut tout faire pour dévoiler les nouveaux talents et cela en allant les vers eux pour les faire connaître dans le cadre de festivals qui sont des lieux de partageLes festivals sont aussi un lieu d’apprentissage car c’est en ayant des retours et des critiques qu’on évolue.

BM: Qui sont vos  partenaires ?

WM: Majoritairement, nous entamons cette aventure avec nos propres moyens. Nous avons eu quand même la chance d’avoir des partenaires comme Canal+,  via sa filiale africaine A+, la TNT Africa et un collectif des cinéastes congolais de la RDC. Nous voulons montrer la différence entre les deux Congo pour comparer ce qui  se fait à Kinshasa et ici, à Brazzaville. Il ne s’agit pas seulement de comparaison mais aussi d’échange, de partage et d’apprentissage. Notre partenariat avec Canal+ permettra aux réalisateurs congolais de pouvoir diffuser leurs films sur A+. Ces chaînes africaines émergentes représentent un bon tremplin pour les cinéastes débutants.

BM: Quels sont  les  prix réservés aux gagnants ?

WM: Il y a cinq prix qui seront discernés : le prix du festival, le prix spécial du jury, le prix du meilleur film, le prix de la presse et le prix du public. Les critères porteront sur la qualité des réalisations et les sujets traités. L’idée, c’est d’avoir un produit vendable. Nous nous sommes  engagés à pouvoir vendre le film aux chaînes de télévision partenaires. Les films primés lors du festival pourront aussi participer à des projections non commerciales ponctuelles lors d’événements hors festival.

BM: De qui sera composé le jury de ce festival ?

WM: Le jury sera composé de personnes évoluant dans la sphère culturelle nationale et étrangère.

BM: Pensez-vous que les Congolais s’intéressent assez au cinéma ?

WM: Il y a un certain intérêt, oui. Rien qu’avec les avancées technologiques, énormément de jeunes s’essaient à la photo ou au tournage de vidéos amateurs. Pour passer du montage d’un clip à la réalisation d’un film, il n’y a qu’un pas.  Certains osent aller de l’avant et c’est comme ça qu’on évolue. Mais on doit quand même se former pour devenir réalisateur. Même s’il n’y a pas d’écoles de formation ici, on peut beaucoup apprendre sur internet. C’est faisable, il suffit de se battre. Nous, de notre côté, nous nous battons pour que ça marche. C’est pour quoi nous lançons ce festival. De une, pour faire découvrir aux spectateurs les productions locales et de deux, pour permettre à ceux qui veulent se lancer dans le cinéma d’apprendre et d’élargir leurs horizons.

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