En pays Téké, gare au Gorilla

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Dans une réserve naturelle, près du village de Mâh, vivent les gorilles des plaines de l’Ouest. Collaboration spéciale Antoine Champvin.

Au nord de Brazzaville, sur la RN2 qui mène à Ouesso, commence le royaume Téké. Les cinq plateaux qui le composent sont séparés par de vastes plaines vallonnées, drainées par de nombreuses rivières. Cet environnement unique et peu peuplé est devenu une réserve de réintroduction des gorilles dans les années 90. C’est ce que j’apprends sur le site du projet Lésio-Louna, du nom des deux rivières encadrant le sanctuaire de gorilles.

Des gorilles ! Gorilla Gorilla Gorilla, le gorille des plaines de l’ouest, le plus proche parent de l’homme dont il ne resterait plus au monde que quelque 45 000.  Initiative de la fondation Aspinall, le projet prévoit la réintroduction progressive de gorilles orphelins. Aussi, l’un des sites du projet est une nurserie dédiée aux jeunes gorilles avant leur réintroduction.

Des collines à perte de vue…

Alors que je parle de ma trouvaille à mon fils de 3 ans, le voilà qui me dit que lui aussi, il veut voir des bébés gorilles. Alors c’est parti pour l’aventure ! Nous prenons contact avec le bureau du conservateur de la réserve et planifions notre visite. Quelques mails, quelques coups de fil, quelques errances dans Brazzaville aussi, car l’adresse sur le site n’est plus la bonne, et nous récupérons le laissez-passer qui nous permettra d’entrer dans la réserve.

Ce samedi, nous partons de bonne heure de Bacongo, nous traversons Brazzaville déjà effervescente jusqu’à Talangaï, puis par la nouvelle route de Kintélé. Un peu plus d’une heure plus tard, nous arrivons au village d’Itaba. Fin du goudron, nous nous engageons sur une piste d’une dizaine de kilomètres jusqu’au village de Mâh.

A partir de là, nous quittons le plateau et descendons à pic dans la plaine de la Louna. Une fois sortis de la forêt, le paysage change complètement. A la monotonie du plateau succède un enchaînement de plaines et de collines verdoyantes à perte de vue.

Maman de substitution

Quelques minutes plus tard, nous arrivons à la base-vie d’Iboubikro. Au bout de la piste nous attend déjà Sylvie. « Vous avez de la chance, nous dit-elle, vous allez pouvoir rencontrer Dominique, il vient tout juste d’arriver au camp. » Sylvie est éco-garde, elle est une maman de substitution pour les jeunes gorilles hébergés ici avant d’être réintroduits dans la réserve. Et Dominique est son petit dernier : repris aux chasseurs indélicats qui ont tué sa mère dans le nord du pays, Dominique est arrivé blessé il y a quelques jours.

Dominique a 18 mois, mais il a la même taille que mon fils qui en a le double. Il se montre rapidement très curieux de ses cheveux blonds bouclés. Réciproquement, le petit blond est très intrigué par les quatre mains de Dominique et ses grands yeux noirs malicieux. Les deux se jaugent, rigolent ou se roulent par terre. Ambiance cour de récré. Connexion improbable.

34 ans et 200 kilos

Le lendemain, lever à 5 heures pour rejoindre le site d’Abio, à 50 kilomètres au nord. Amed nous y attend avec sa pirogue. En face du camp, une île abrite Sid, 34 ans, 200 kilos. A peine avons-nous accosté que le voilà qui surgit des taillis. La caisse de fruits qu’Amed vient de déposer sur l’île n’y est sûrement pas pour rien.

C’est l’heure de son petit-déjeuner mais quelque chose ne tourne pas rond. Notre présence semble le contrarier. Première sommation, une mangue passe à quelques centimètres de nos têtes avant de finir dans la Louna. Plutôt amusés, les gardes lui font remarquer son mauvais caractère. S’approchant de l’eau, il feint alors de nous ignorer mais ramasse une poignée de sable. Seconde sommation, en passant en courant devant nous, il nous asperge de sable. Nouvelles railleries des gardes qui se moquent de son manque de précision. Son troisième essai fera mouche, un morceau de bambou m’arrive sur le dos, sans mal. Sid semble satisfait et retourne à ses fruits.

Cap au nord, La Louna serpente au fond de la vallée, les arbres qui la bordent forment une forêt-galerie, comme un couloir naturel pour la faune locale. Amed est incollable sur la faune et sur la flore de sa réserve. Nous croisons quelques hippopotames isolés et, sur le retour, un autre gorille solitaire prenommé Kélé. Il nous accompagnera sur la berge sur quelques centaines de mètres, intrigué.

Deux heures de descente nous permettent de rejoindre la rivière Léfini puis, de là, le site du mont Ipopi, majestueux. L’orage gronde au loin et annonce une belle pluie tropicale. Nous préférons rebrousser chemin et profiter de la piste sèche pour remonter sur le plateau. Quand l’orage éclate, nous sommes déjà en route pour Brazzaville. La piste est devenue un torrent et il s’en faut de peu pour que nous ne restions bloqués. Nous quittons donc le pays Téké, ou nous serions bien restés un jour de plus, hors du temps.

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