Dada Mrdulananda, un des rares moines au Congo.

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«Les autres sont nos miroirs», a-t-on coutume de dire. C’est l’histoire d’un jeune congolais qui s’est tourné vers la spiritualité indienne à l’âge de 17 ans suite à une rencontre avec un yogi. Aujourd’hui, il a 42 ans et est écrivain. Autour de lui, il est le symbole de l’abnégation de soi et de la discipline… Passionné de yoga et fervent pratiquant depuis 1990, Dada est l’un des rares moines au Congo.

Être moine ne fait pas partie de la culture congolaise, encore moins de celle des africains. On constate cependant, que la mondialisation a fait qu’aujourd’hui, les cultures s’exportent ainsi que les religions. Les yogis ont trouvé leur place. Ils sont environ six mille au Congo. Parmi eux, Dada Mrdulananda, issu d’une famille de chrétiens protestants.

Dada Mrdulananda en pleine séance de méditation.©Rey Mangouta

Dada Mrdulananda en pleine séance de méditation.©Rey Mangouta

Détermination et persévérance

« Tout a commencé en terminale. Je me suis laissé charmer petit à petit par un ami yogi», se souvient Dada tout en se servant un verre de jus de fruits. En poursuivant sa phrase, il décrit cet ami comme son éclaireur, un chemin à suivre.

Il raconte qu’au début, son ami était dubitatif. Il redoutait que Dada ne soit pas capable de suivre les préceptes. Dada confie qu’il a usé de ruse pour convaincre son ami de le conduire au temple. Un pari qui a donné ses fruits, puisqu’il est a plongé dans le yoga depuis le jour où il est rentré dans ce lieu.

Selon lui, la seule chose, qu’il l’a, déconcerté le jour où il y est entré, c’était la concentration sans faille des pratiquants qu’il avait rencontrés.

“Le temple est un lieu très simple. Il est juste équipé de tapis, de nattes, d’instruments de musiques et d’une photo du maître”, dit le moine, en regardant son salon. Justement, dans le salon, il y’a juste une table, deux chaises et, et une télévision, le tout posé dans un coin. Un grand tapis occupe toute la pièce.

A l’âge de 23 ans, il pense plutôt à un mode de vie basique : fonder une famille et faire carrière dans l’enseignement ou servir dans l’armée. Déçu par deux relations amoureuses, le jeune se décide finalement à se consacrer à la vie de moine. C’était en 1996. La voie choisie est un long chemin à parcourir. Pour y arriver, il doit renoncer à ses projets, à sa vie telle qu’il l’a connue jusque là et même à sa famille. Cette décision n’enchante guère ses proches. Il est rejeté par sa famille. Seule l’une de ses sœurs, l’encouragera dans cette voie. Sans aucun remord, Dada, revient sur la déception de ses parents.

«J’avais déjà fait mon choix. Je voulais devenir moine. En apprenant cette nouvelle, ma famille était déçue. Il y a même eu une réunion de famille pour essayer de me dissuader. Ma mère était triste et en larmes», confie Dada.

Le choix est fait, les larmes de maman n’auront pas d’effet. En 1997, le jeune universitaire, en deuxième année de sociologie, décide d’abandonner ses études au pour se consacrer à ses croyances. Il suit ses cours à Ananda Marga, une école initiatique qui enseigne plusieurs pratiques dont le yoga. Son comportement et la vitesse à laquelle il assimile les cours, retiennent l’attention de ses précepteurs.

Dans la même année, ces derniers, décident de l’envoyer en formation au Ghana, où se trouve, le centre de formation d’Ananda Marga Il y passera trois ans pour apprendre le Yoga et ses différentes pratiques, notamment la méditation, les postures de yoga et l’observation du silence. Il prend également des cours sur la spiritualité, la philosophie, l’agriculture, les méthodes naturelles pour soigner les maladies,  l’astrologie, la numérologie, la chiromancie, la réflexologie et des cours d’économie.

Dada : au service des autres

Les Yogis en méditation.©Rey Mangouta

Les Yogis en méditation.©Rey Mangouta

En 2000, il est consacré moine, à l’âge de 27 ans. «Petit à petit, l’oiseau fait son nid».  Il fait alors ses premiers pas au Burkina Faso.

Entre 2000 et 2010, il enseigne le yoga dans différents pays d’Afrique de l’Ouest. Dans la même foulée, il se rend à Madagascar, en passant par la Tanzanie, les Philippines puis en Inde, pour compléter sa formation.

Avec le temps, sa famille s’est ravisée. Il est de nouveau, au centre de toutes les attentions. Dada profite de l’occasion et de son expérience pour conseiller et orienter sa famille ainsi que son entourage.

Il encadre les jeunes, leur donne des cours sur le développement personnel et sur le leadership. Des cours qui changent la perception de ces jeunes comme le témoigne, Jocel Tchikounzi, un élève de Dada.

«Tout le monde n’a pas les mêmes aptitudes pour transmettre les enseignements. C’est ce qui fait sa particularité. J’ai parcouru près 80 religions sans succès. Mais la rencontre avec Dada a été positive. Je peux dire que ses cours m’ont été d’une grande utilité»,  explique Jocel.

Alban Massanga en pleine exercice ©Rey Mangouta

Alban Massanga en pleine exercice ©Rey Mangouta

Le parcours spirituel et exceptionnel de ce moine a une influence positive sur Alban Massanga dit Adinath, membre depuis 2012. A en croire ses dires,  il est  prêt à pratiquer le tantra yoga tous les jours, pour être un guide et conduire les autres sur le chemin de la félicité. Pour cela, Dada est l’exemple idéal.

« J’ai eu de la chance d’être initié par Dada. C’est un frère qui a beaucoup d’amour pour les autres », explique le yogis. J’essaie de marcher sur ces traces. Je mets en pratique ses conseils et ses enseignements. C’est un modèle. J’aimerai faire comme lui», ajoute ce dernier.

Ces yogis ne sont pas certainement les seuls à apprendre de Dada. Le moine partage son expérience à travers ses deux romans: «Une vie à Mangueba», « Le coup d’Etat de mon père» et de son recueil de poèmes.

Malheureusement, le Yoga ne fait pas partie de la culture des congolais. Des regards étonnés sont posés sur Dada, habillé d’une toge orange et d’un turban sur la tête. Mais c’est surtout son mode de vie qui suscite des réactions. Selon les autres, un « homme normal » devrait avoir une vie de famille.

Malgré toutes les polémiques, Dada est attaché à sa passion. Cette passion, occupe sa vie et rythme son existence. Le moment le plus significatif pour lui, c’est lorsqu’il découvert qu’au bout du compte, «la spiritualité ne se trouvait nulle part ailleurs qu’à l’intérieur de soi-même ». Il est en transit au Congo et prendra très prochainement son envol pour le Zimbabwe.

 

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