Cyriaque Ovaga, à la conquête du Cloud congolais

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On l’appelle « Monsieur Cloud Congo ». Jeune Congolais de 24 ans, Cyriaque Ovaga a créé la première application de comptabilité à distance en Afrique. Son entreprise, Tech2i, est le symbole de l’émergence, encore vascillante, des nouvelles technologies dans son pays.

BrazzaMag: Comment êtes-vous arrivé dans ce secteur?

Cyriaque Ovaga : J’ai commencé à travailler dans ce domaine au Maroc en 2012, là où j’ai fait mes études et vécu pendant 6 ans. J’adore créer. Je suis passionné de développement informatique. J’ai découvert le Cloud là-bas lorsque je travaillais en freelance. Une société de shampoing avait ouvert plusieurs filiales dans ce pays et il était devenu compliqué pour eux de gérer les comptes. J’ai développé pour eux une solution de gestion de la comptabilité à distance.

BM: Pourquoi êtes-vous rentré au Congo ?

L’envie d’être chez soi. J’ai beaucoup appris au Maroc. Mais l’envie de créer ma propre entreprise dans mon pays me tenait à cœur. Le retour aux sources était indispensable pour aller de l’avant.

BM: Comment s’est passé le lancement de ce produit sur le marché congolais ?

Avant tout, il fallait s’assurer que le Congo fasse partie de l’OHADA, l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires, un organisme qui facilite les investissements et les transactions entre les 17 pays membres. Une chance, le pays y était adhérent, donc l’application pouvait fonctionner ici. Mais l’intégration de ce produit sur le marché congolais n’a pas été une tâche facile. La connexion internet n’est pas toujours stable au Congo et les gens n’étaient pas encore familiarisés avec le Cloud. Nous avons donc mis notre énergie dans des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux pour faire la promotion du Cloud et de notre produit à travers toute l’Afrique. Aujourd’hui nous avons des clients un peu partout sur le continent. La Tunisie, l’Algérie, le Benin, le Cameroun, le Tchad, le Sénégal, l’Afrique du Sud et le Congo sont quelques-uns des pays où nous avons percé.

Comment faire, justement, avec les problèmes de connexions récurrents ?

Le gouvernement travaille sur l’amélioration de la connexion internet mais le coût reste très élevé comparé à d’autres pays. Une réduction des prix permettrait à beaucoup d’entreprises d’acquérir ce produit technologique. Du coup, nous avons proposé une alternative à nos clients avec une installation hybride permettant de synchroniser leurs informations avec un serveur, à distance.

Comment se porte le marché des nouvelles technologies au Congo ?

Ce domaine a son importance mais il reste marginal. Nos dirigeants ne sont pas nés sous internet (sourire). Plus nous aurons des entreprises qui généreront de l’argent, plus l’État verra le poids des nouvelles technologies. C’est une question de temps.

Comment avez-vous percé le marché congolais? Est-ce que ça a été dur?

Le plus dur au Congo, c’est le relationnel, comme partout en Afrique. Les compétences passent après le relationnel. Il est donc très important de miser sur les rencontres, ceux qui ont un bon réseau ou qui peuvent avoir un intérêt pour le produit. Mes proches m’ont beaucoup aidé et j’ai aussi participé à plusieurs rencontres propices au réseautage professionnel.

Les jeunes entrepreneurs sont souvent confrontés au problème de financement. Comment cela s’est-il passé pour vous ?

Comme on dit, les riches prêtes aux riches! (rire) Il y a les gens qui n’ont pas d’argent et beaucoup d’idées et puis il y a ceux qui ont de l’argent mais pas d’idées. La seule solution était donc de les intéresser à mon projet. Le domaine bancaire a quelques efforts à faire mais de plus en plus de banques s’améliorent et proposent de bons services aux entrepreneurs. Au niveau fiscal, je dois dire que nous sommes avantagés par rapport à d’autres pays africains. Nous payons moins d’impôts et de taxes sur les salariés par exemple. Cependant, il reste un travail à faire au niveau des tarifs douaniers. Lorsque nous importons des produits, les douanes nous taxent à hauteur de 30% du prix d’achat!

Des projets en vue pour Tech2i ?

Nous sommes en train d’implanter notre plateforme aux Etats-Unis avec un partenaire américain et ouvrons un fond d’investissement.

Lien du site internet de l’entreprise.

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