Ça roule pour les mototaxi

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Ils sont omniprésents dans certains pays d’Afrique, du Cameroun au Bénin en passant par le Kenya. Les mototaxis ne font pas l’unanimité au Congo, où leur dangerosité est souvent mise en avant. Et pourtant, dans les zones rurales, ils restent encore le principal moyen de transport. Reportage à Sibiti.

Depuis la municipalisation accélérée, en 2014, Sibiti dispose d’un aéroport, d’une nouvelle gare routière et de belles et larges routes goudronnées… où les voitures sont rares. Dans la capitale de la Lekoumou, tout le monde ou presque circule en mototaxis.
Manassé Mitsouma, 19 ans, attend des clients à la sortie du marché. « J’ai ma propre moto depuis un an et demi », explique-t-il fièrement au volant de sa Jakarta rouge flashy. Ils sont près de cinq à ses côtés, alpaguant les mamans chargées de courses. Tous ont la petite vingtaine et utilisent cette activité pour gagner leur vie. Leur revenu ? Entre 5 000 et 7 000 francs CFA par jour. « Je ne sais pas comment je ferais sans ma moto », explique le jeune homme. Certains de ses compagnons qui n’ont pas la chance de posséder leur véhicule doivent le louer 4 000 francs CFA par jour. La recette est d’autant plus maigre…

Une activité non-encadrée

Ils seraient entre 300 et 400 mototaxis pour la seule ville de Sibiti et 600 sur tout le département de la Loukoumou, d’après la direction départementale des transports terrestres (DDTT) qui enregistre leur immatriculation. Et ce mardi matin, il y a la queue à la cité administrative. « Tout le monde se presse pour obtenir sa carte grise et sa plaque parce que la police a commencé à mettre des amendes à partir du 1er décembre », explique Manassé.
De manière générale, les mototaxis évoluent dans une zone grise de la loi. Interdits dans tout le pays d’après certains, seulement en ville d’après d’autres, réglementés par un texte national ou des arrêtés municipaux… Les services administratifs, contactés par Brazzamag, n’ont pas pu fournir de textes de loi.

Ce qui est sûr, c’est que cette activité, interdite à Brazzaville comme à Pointe-Noire, reste tolérée dans les campagnes, où elle constitue le principal moyen de transport.

Moto ou voiture, il faut choisir

Autre point litigieux : les casques. « Chaque chauffeur de mototaxi devrait avoir deux casques, un pour lui et l’autre pour le client », rappelle Benjamin Gouonimba , le directeur de la DDTT de Lekoumou. « Mais ici, les gens n’ont pas beaucoup d’argent, et pour ne pas les pénaliser, les autorités ferment les yeux », souligne-t-il, compréhensif. Entre janvier et septembre 2016, la DDTT a recensé 35 accidents impliquant des mototaxis, qui ont fait huit morts et une quarantaine de blessés.

« Il y a dix ans, il n’y avait aucun mototaxi ici, se souvient Pierre Owando, directeur de la radio départementale de Lekoumou. Les gens se déplaçaient à pied ou en vélo. » Aujourd’hui, les deux-roues sont partout à Sibiti, transportant des charges impressionnantes pouvant aller jusqu’à 400 kilos. « S’il y avait un transport urbain, ce ne serait pas comme ça, se plaint Dieudonné, client des mototaxis. C’est le symbole d’une absence de développement. » « Nos belles avenues, elles peuvent pas rester que pour les motos », renchérit Jean, en écoutant la discussion. Un point de vue partagé par Benjamin Gouonimba : « Les mototaxis, c’est d’abord un moyen de transport. Avec le goudron, les voitures taxis vont arriver et l’activité va disparaître d’ici cinq ans, comme à Dolisie. »
Pour le moment, les très rares taxis, de couleur bleue (Pointe-Noire) ou rouge (Dolisie), transportent uniquement leurs passagers dans les villages éloignés de Sibiti. A 200 francs CFA la course en moto, contre 800 minimum en voiture, les petites bourses font également leur choix.  Moins cher, plus rapide, pourvoyeur d’emploi et permettant l’accès à des zones difficile… les avantages des mototaxis restent nombreux et leur permettront peut-être de tenir tête aux voitures sur le long terme.

Par Julie Crenn

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