Aux arts, citoyens !

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A Brazzaville, il existe un lieu ouvert où les artistes viennent échanger, apprendre et créer. Lancés en 2012 par la plasticienne et écrivaine Bill Kouelany, les ateliers Sahm forment une structure pluridisciplinaire unique au Congo. Ils repèrent, accueillent, hébergent et exposent les étoiles montantes de l’art contemporain congolais.

En passant le portail bleu de cette ruelle du quartier Bacongo, la première pièce qui s’offre à vous est la bibliothèque. Tout un symbole car c’est par là que l’aventure commence. « Je suis autodidacte et j’ai beaucoup appris à travers les livres. Les jeunes qui arrivent aux ateliers Sahm ne sont pas encore artistes dans leur tête », explique doucement Bill Kouélany. Et pour ouvrir leurs horizons et alimenter leur créativité, la bibliothèque et ses nombreux ouvrages sur l’art est un passage obligé. « Ils savent peindre mais tout est à construire, brique par brique, c’est même une reconstruction », ajoute l’écrivaine aux dreadlocks qui a justement choisi un mur en élaboration permanente comme logo de son association.

Passer de l’artisanat à l’art

La plupart des artistes qui rejoignent les ateliers sortent de l’école des Beaux-Arts de Brazzaville ou de celle de Poto Poto. Majoritairement peintres, ils sont encouragés à s’essayer à de nouvelles formes d’expression comme la vidéo ou les collages, pour passer des scènes de marché à une création plus intime et briser la frontière entre art et artisanat. Ce saut d’une école traditionnelle à l’art contemporain ne se fait pas sans difficultés. « Je les bouscule, ils savent que ce ne sera pas facile. Mais il y a un bouleversement qui se fait dans leur tête », raconte Bill, qui pousse certains jeunes depuis quatre ans.

Aujourd’hui, sur la vingtaine d’artistes passés par les ateliers Sahm, six font une carrière à l’international et sont exposés dans des galeries d’art à Paris ou ailleurs.

Dans la maison des ateliers Sahm, outre le bureau administratif, deux espaces d’exposition et de création et quatre chambres accueillent des artistes en résidence. Le principe ? Pendant deux à trois mois, le créateur invité habite sur place, au milieu des livres, des expositions et des passages d’autres artistes. « Il n’est plus interpellé au quotidien par le matériel, la nourriture, sa famille. Il se concentre sur son art et cela abouti à une exposition », explique Chris Lewis Moumbounou, coordonnateur des ateliers. « En général, les artistes passent un grand cap avant et après résidence. » En moyenne, six artistes par an bénéficient de cette chance.

Transmission et échanges

En parallèle de la création des ateliers Sahm, la Rencontre internationale d’art contemporain (Riac) a vu le jour en 2012 à Brazzaville. Ce moment clé, également initié par Bill Kouélany, permet de découvrir de nouveaux artistes, mais aussi d’inspirer ceux que les ateliers Sahm accompagnent déjà. Des formateurs internationaux viennent y transmettre leur savoir lors de conférences ou de workshop en art vidéo, arts plastiques, design, critique d’art, conférences…

Mais entre ces murs, l’énergie déborde toute l’année durant. Ainsi, tous les quinze jours, une dizaine de jeunes se réunit au sein du club de lecture-écriture. « On décortique les écrits des auteurs mais on se pousse aussi à écrire, et on discute de nos propres textes », explique Monroyal, 24 ans, étudiant en licence de littérature qui a découvert l’existence des ateliers alors qu’il cherchait un centre culturel qui lui convenait dans la capitale.

Bref, un lieu à part, lancé par une femme qui l’est tout autant. « J’ai rencontré des gens qui m’ont beaucoup donné, et c’est à mon tour désormais », se justifie modestement Bill, rappelant le bonheur qu’elle y trouve. « J’ai ouvert les ateliers Sahm avec mon cœur, mais le cœur ne fait pas vivre », souligne-t-elle tout en appelant à des soutiens financiers. « Quand je vois des artistes comme Van Andrea, Artmel ou Jordi, qui n’existaient pas en temps qu’artistes avant… Je me dis que ça paye et qu’il faut que le centre perdure pour qu’ils puissent continuer à créer. »

Informations : www.ateliersahm.org

Les artistes des ateliers sont exposés dans la galerie du Pefaco Hotel, en face de l’aéroport Maya-Maya de Brazzaville.

Journaliste : Julie Crenn

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artmel SAHMwebArtmel Mouyoungui, 33 ans, artiste aux ateliers Sahm

« Je dessine depuis l’enfance et même à l’école je préférais dessiner que travailler. Comme il n’y avait pas d’école artistique à Pointe-Noire, j’ai appris à faire de la sérigraphie et c’était mon activité jusqu’en 2006. Là, je suis parti à Brazzaville et me suis inscrit à l’école de Poto-Poto. “Tu dois montrer ce que tu as dans la tête”, me disais-je. J’y allais trois jours par semaine et ma formation a été très rapide. J’ai vendu ma première toile en 2008. Je faisais toujours de la publicité à côté pour gagner ma vie et je n’aurais pas pu découvrir tout ce que j’ai appris en restant là-bas. Je n’assistais pas aux expositions des autres et je manquais de curiosité. J’ai rencontré Bill en 2013 via un ami de l’école de Poto Poto. J’ai participé à la Riac et j’y ai découvert des artistes, des critiques d’art et j’ai utilisé l’acrylique pour la première fois… La toile que j’ai créée pour l’occasion a reçu le second prix de la Riac. Après cela, j’ai été en résidence aux ateliers Sahm deux mois en 2015 puis j’ai reçu le prix de la fondation Blachère et je suis parti en résidence en France. Puis en 2016, j’ai participé à la Biennale de Dakar. C’était très important pour moi ce que j’ai vu au Sénégal, de découvrir ce que d’autres artistes font. Ça m’inspire encore aujourd’hui, ça me donne des idées… Après Dakar, je suis allé en résidence en Suisse de septembre à décembre 2016. Ce sont des expériences toujours très enrichissantes à travers les visites de musées et les rencontres avec les autres artistes. En 2017, je vais m’essayer à la vidéo pour la prochaine Riac ! »

 

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