A l’aéro-club de Pointe-Noire, la ville prend son envol

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Situé à côté de l’aéroport international Agostinho-Neto, l’aéro-club de Pointe-Noire a pour mission la pratique et la promotion de l’aviation. Un petit tour dans les airs s’impose avant de partager l’histoire de ce lieu mythique qui rythme le ciel ponténégrin depuis plus de soixante-cinq ans. 

“Ready for take-off. OK, good flight.” Après une courte conversation en anglais avec la tour de contrôle, l’ULM décolle sur la piste de l’aéroport international et monte vite en régime. Une vitesse de croisière de 150 km/h, à 5 000 pieds, la sensation est inégalable et elle vaut le détour.

« Tu vois, c’est très simple à piloter, ultra réactif. On va faire une touche sur Malonda Lodge avant de rentrer », glisse au casque Jean-Marie Dufossez, président du club depuis vingt-cinq ans. L’ULM se rapproche alors rapidement de la piste située sur la plage, la vitesse d’approche et le bruit du vent rendent l’exercice très impressionnant.

Savanna et Ninja 3

Une quinzaine de minutes plus tard, nous voilà de retour vers l’aéroport, où nous avons l’autorisation d’atterrir. L’appareil retourne au garage où plusieurs machines attendent leurs pilotes : un Savanna filant à 150 km/h stationne à côté du puissant Ninja 3 qui en développe  300 km/h. Tous les ULM sont équipées de parachutes intégrés, offrant ainsi une sécurité supplémentaire aux sorties. Plusieurs pistes d’atterrissage sont disséminées dans le pays : au Kouilou, à Malonda Lodge et à la Pointe Indienne.

Le club propose également des baptêmes, mais le président nous met en garde : « C’est souvent un piège! Les gens deviennent accros et veulent piloter par eux-mêmes ! » Installé dans le club-house, M. Dufossez ne se lasse pas de la vue sur la piste de l’aéroport international. Ce passionné est l’encyclopédie vivante de l’association : aux commandes depuis 1993, c’est un témoin privilégié des évolutions de ce dernier. Crée en 1950, le club grandit rapidement grâce à la forte fréquentation des passionnés. Une section aéromodélisme est lancée en 1957 et un rallye est même organisé avec les clubs voisins. « Le rallye du Moyombe regroupait les clubs de Dolisie et Brazzaville. C’était un espace de liberté et de rencontres, un espace où se conjuguaient la passion du vol et les nuits sans fin au club house. »

Mais dans les années 1980, le club doit faire face aux réalités économiques : entretenir un avion coûte très cher. Pour qu’un avion puisse voler, il faut une autorisation délivrée chaque année par les autorités congolaises après un check-up dans un centre agréé. Le Congo ne disposant pas de centre, l’aéro-club a le choix entre faire venir des réparateurs agréés de France ou bien s’envoler pour faire contrôler ses appareils à Libreville.

Voyage épique

Faisant face aux prix élevés de l’entretien des avions, le club était au bord de la fermeture économique. C’était juste avant l’arrivée des l’ULM.

« Heureusement que l’on a découvert et introduit l’ULM, sinon c’était la fin du club. C’est grâce à un particulier qui s’est abîmé en mer avec son fils lors d’une sortie en ULM. Ils avaient réussi à rejoindre la côte et nous, on a récupéré l’ULM dans la mer. Et puis une fois de retour à l’aéro-club on l’a remis sur pied. Et l’association par la même occasion. »

Et c’est la renaissance pour l’association : un autre ULM est ramené de France. Un voyage épique d’une dizaine de jours : passant par l’Espagne, l’Afrique saharienne… les deux compères volent jusqu’à six heures par jours pour acheminer le coucou.

« L’avantage de l’ULM c’est que nous faisons tout nous-même, de l’assemblage à l’entretien. Et il n’y a pas besoin de licence comme pour l’avion. Nous sommes donc gagnants : moins cher, plus simple à entretenir », explique Jean-Marie.

Grâce à cette méthode, l’aéro-club de Pointe-Noire se porte très bien : vingt-cinq ULM de particuliers, quatre ULM écoles et deux avions garnissent le garage de l’aéro-club. Il est d’ailleurs possible de passer son brevet de pilote (français et/ou congolais); le club dispose de plusieurs instructeurs. Ce brevet se scinde en deux parties : un QCM envoyé par la DGAC France et quarante heures de conduite (vingt heures accompagnées et vingt heures en solo). « Vaut mieux commencer jeune, parce que le QCM est rempli de question pièges », s’amuse Jean Marie.

Par Gauthier Pinel

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