A la rencontre des gorilles du Congo

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Plus de 60 % des gorilles des plaines de la planète vivent dans les forêts de la République du Congo. Ces fascinants grands singes seraient entre 100 000 et 250 000 dans le pays. Pour partir à leur rencontre, “Brazzamag” s’est rendu au parc national de Nouabalé-Ndoki, à 150 km au nord de Ouesso, où les scientifiques les étudient depuis plus de vingt ans.

Par Julie Crenn

« On garde son sang-froid peu importe les grimaces que fait le gorille ! » A l’orée de la forêt, Arnaud Loubounda donne les consignes. « Deux pisteurs ouvrent la marche et nous adopterons des attitudes différentes selon les animaux, explique sereinement le guide. Si ce sont des éléphants, on s’écarte de l’endroit, en courant s’il le faut. Si ce sont des gorilles, on reste immobile. Si c’est un buffle, on revient sur nos pas. » Une fois le briefing terminé, la troupe s’ébranle. Au départ de Djéké, il faut parcourir 7 kilomètres à pied pour atteindre la base scientifique de Mondika. La marche est silencieuse et, tandis que la forêt se densifie, certains passages se font dans les marécages, l’eau jusqu’aux genoux. Au fil des kilomètres à travers la végétation, les paysages varient. Lianes géantes, colonies de fourmis, papillons multicolores, arbres immenses… La balade est l’occasion de découvrir la richesse de la forêt congolaise, d’observer les traces laissées par les animaux et de goûter à certains fruits, comme le bambu, à la chair orange vif et amère.

Au cœur de la forêt

Deux heures plus tard, des voix se font entendre et de la fumée émerge de la forêt. Au milieu du camp où se dressent quelques baraques coule la rivière Mondika. Une vingtaine de personnes vivent ici, au cœur de la forêt : la scientifique argento-allemande Ivonne Kienast, trois assistants-chercheurs congolais, deux cuisiniers et une dizaine de pisteurs centrafricains de l’ethnie Ba’Aka. « Un éléphant était là ce matin », raconte Aimé Galouo Ossété, assistant de recherche depuis cinq ans à Mondika, tout en montrant les traces du passage du pachyderme. Le magasin où sont stockés les vivres a d’ailleurs été équipé d’une barrière électrique anti-éléphant, alimentée comme tout le camp à l’énergie solaire.

Ouvert en 1995, le camp de Mondika permet l’étude et le suivi de deux groupes de gorilles portant les noms de leur mâle dominant : Kingo et Buka. Ivonne, Aimé et les autres chercheurs les observent chaque jour dans la forêt. « Nous recueillons des données sur leur alimentation, leur comportement, les relations entre les individus, leur santé et leur positionnement GPS », explique Ivonne. Toutes ces informations sont récoltées numériquement. « Grâce à nos logiciels, on peut suivre leur déplacement sur un mois : où est-ce qu’ils vont manger, ce qu’ils mangent, où ont-ils dormi, ont-ils fait leurs nids sur le sol ou dans la canopée ?, etc. » précise la comportementaliste qui a étudié deux ans les chimpanzés au Gabon.

Charges et morsures

Après une nuit sous la tente, bercés par les bruits de la forêt, il est temps d’aller à la rencontre des animaux. Les pisteurs, véritables connaisseurs de la forêt, se souviennent de l’endroit où Kingo et les neuf membres de son groupe ont dormi la veille. Après une heure de marche, Makisso, Mamandélé et Goly claquent de la langue pour signaler notre arrivée aux gorilles. A notre approche, ces derniers descendent un à un de la canopée et circulent autour de nous sans se soucier de notre présence. « Le processus d’habituation à la présence humaine est complexe, explique Ivonne. Il y a une phase de fuite où ils vont être stressés, puis une phase agressive, d’attaque, où les pisteurs et scientifiques subissent de nombreuses charges et parfois même des morsures, puis une phase de test et enfin l’habitude… » Un long chemin qui a pris quatre années pour le groupe de Kingo.

Comme un gros bébé

Et les voilà ! Tandis que la femelle Mékomé passe à côté de nous, Kenga s’amuse à marcher sur ses pattes arrière et Kingo, le massif dos argenté, s’allonge sur le dos, attrapant ses pieds avec les mains et se balançant comme un gros bébé… Un comportement désarmant, devant lequel il est facile d’oublier la dangerosité de cet animal. Car la règle principale est de garder sept mètres de distance avec les gorilles. « S’il avance vers vous, vous reculez sans lui tourner le dos », précise Arnaud. Dans les faits, lorsque neuf gorilles circulent autour de vous il est parfois difficile de respecter cette distance de sécurité et de se mouvoir correctement dans la forêt. Comme pour le prouver, Kingo se redresse sur ses quatre pattes et attend. Aux aguets, il hume, écoute et soudain, fait brusquement demi-tour et fonce en criant sur Mamendélé, l’un des pisteurs. Une charge aussi rapide qu’impressionnante. Mamendélé fait preuve d’un grand sang-froid et, nullement impressionné, ne réagit pas. Pas fâché, Kingo part rejoindre les siens, l’air de rien.

Après les avoir suivis une heure à travers la forêt, observé leur festin de nguluma (fruit aussi appelé duboscia) et leurs jeux le long d’un tronc couché, il est déjà temps de partir. Alors que nous nous éloignons, Aimé, le plus jeune gorille du groupe, âgé de 4 ans, ne nous quitte pas des yeux et tape des deux mains sur un tronc d’arbre, comme pour nous dire au revoir.

Pour plus d’informations :

Créé en 1993, le parc de Nouabalé Ndoki a commencé à accueillir des touristes en 2007. Les capacités d’accueil sont modestes, puisqu’elles sont de six personnes. Le parc dispose de trois bases scientifiques : Mbeli Bai, Mondika et Goualougo. Pour aller observer les gorilles à Mondika il est nécessaire d’avoir plus de 15 ans, d’être vacciné contre la polio, la fièvre jaune et la rougeole, et de fournir la preuve d’un test de tuberculose négatif. A noter qu’il ne faut pas être malade et que même un rhume vous empêchera d’aller voir les primates. Pour éviter toute contamination, tous les humains qui approchent des gorilles doivent porter un masque.

Afin de s’y rendre, il est nécessaire de passer par Ouesso, avant d’atteindre la base de Bomassa, porte d’entrée du parc de Nouabalé-Ndoki. Les vols pour Ouesso, assurés par Canadian Airways Congo et Air Congo, sont aléatoires, et il est conseillé de se renseigner directement auprès de la compagnie.

Pour organiser un séjour à Bomassa, contacter [email protected]

Par Julie Crenn

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